LAOS ET LEGENDES



Origine des lao:

A partir d’ici jusqu’à la fin de l’article, nous adoptions cette nouvelle dénommination ou Ai Lao ou Thai fit sa première apparition dès le IVè siècle avant J.C. dans la région du Nord-Ouest de la Chine, aux environs du Mont Altaï (en Mongolie). Ils étaient de race Touranienne ou Mong, avaient une société bien organisée, connaissaient l’agriculture, l’élevage des vers à soie, le tissage et avaient des mœurs douces, pacifiques, alors que les Chinois restèrent encore au stade du nomadisme (?).

Refoulés par les belliqueux Chinois, les Lao émigrèrent lentement vers le sud en passant successivement par:
1- MUONG LUANG, en amont du Fleuve de Hoang Ho (de 3000 à 2000 av. J.C.) et ils furent appelés Ai Lao par les Chinois. Le mot Lao vient du mot Dao qui signifie « éétoile » les Lao vinrent de l’extrême Nord comme des étoiles du Ciel; le mot Ai désigne le « grand frère » les Lao étaient plus civilisés que les Chinois qui les considèrent comme des aînes. Comme dans la langue chinoise il n’y a pas la consonne D, le mot Ai Dao est prononcé par les Chinois Ai Lao. Bientôt, les Chinois les appellent aussi Thai qui signifie en chinois « grand ». En 2200 av. J.C., une frontière commune fut établie entre les Lao et les Chinois : La Chine au Nord du Hoang Ho avec Pan Yang comme capitale, le Ai Lao (ou encore Lao Kia) au sud du Hoang Ho, englobant Sechwan, Hupeh, Hu Nan et An Hui.

2 - MUONG PA. Plus tard vers 871-843 av. J.C., refoulés par les Chinois, les Lao émigrèrent à Muong Pa, dans la vallée du Yang Tsé Kiang (ChungKing actuel).

3 - MUONG NGIEO. En 338 av. J.C.. ils continuèrent à émigrer vers le sud, toujours refoulés par les Chinois, et s établirent à Muong Ngièo (Changsa actuel).

4 - MUONG PHE NGAI. En 122 av. J.C., l’Empire Ai Lao ou Muong Then, avec capitale à Phe Ngaï (dans le Hu Nan actuel) fut fondé par Khoun Muong. En 87 av. J.C., le Ai Lao fut occupé par les Chinois qui le divisèrent en deux : le Phe Ngai au Nord et le Ai Lao au Sud. Puis en l’an 2 ap. J.C., Khoun Vang du Muong Phe Ngai entreprit une guer-re de libération et chassa les Chinois.

5 - MUONG NONG SE ou NAN CHAO. De 221 à 648 ap. J.C.. les Thai (ou Lao) se répartirent en 6 états dont le der-nier était le Muong Nong Se, au Sud. En 649, ils réunirent les autres états pour former le Royaume de Nan Chao, avec Tali comme capitale.

6 - MUONG THEN. Enfin de 658 à 907 ap. J.C., le roi Khoun Bourôm, venant de Nong Se, fonda au sud un autre Royaume appelé Muong Then (Dien Bien Phu actuel), alors que les autres Chefs Thai s’installaient à Nan Muong (entre Hunan et Pagan), à Xieng Hung, aux Sipsongphanna, à Assam, à Manipura.

De Muong Then, Khoun Bourôm envoya ses sept fils conquérir et gouverner les régions du sud dont le Muong Swa (Khoun Lo) et le Muong Phoan (Khoun Chet Chuong) du Laos actuel. On retrouve à peu près les mêmes versions sur l’origine du mot Thai dans les ouvrages Siamois, notamment dans le Ruang Phongsavadan Yonôk par Pragna Prajakicakara-cakra (notes explicatives, p. 20) .

Nous passons maintenant à l’explication de l’origine du mot Thai. Il se traduit par clarté, blanc. En sanskrit, on appelle ainsi le soleil et Thai les Aryas; par exemple : Uthai (Udaya), c’est-à-dire le soleil levant. Le mot Thai s’exprime en chinois par le caractère Thïen (le ciel), qui correspond au mot Ti (la terre).
Le mot Thai en chinois, se traduit par « Grand » et correspond au terme anglais « grand ». ou bien « excellente » qu’on emploie pour les hauts personnages, comme. par exemple Hông Ti, Hông Thai Ti. Parfois, on s’en sert comme pronom pour remplacer le nom du souverain d’un pays étranger; par exemple l’expression Thai Ing Kok, le roi d’Angleterre…..

En Siamois, on se sert du mot Thep (deva) Thai pour désigner les anges, et Thao Thai pour les rois; Chao Thai pour les bonzes; On Thai ou Orathai pour les jolies femmes. Mais, en laotien, on emploie le Thai à tel point qu’il sert à désigner les personnes ; comme par exemple au lieu de dire Khôn Nhai Huen (les gens de la maison) on dit Thai Huen…

Les Laotiens emploient le mot Thai eu lieu du mot Khôn (personne, individu) parce qu’ils se considèrent comme de race Then, c’est-à-dire Thein en chinois, qui se traduit par Ciel. Les gens d’origine Then se reconnaissent connue Thai, c’est-à-dire des personnes célestes ou bien de la lumière, des blancs. (Traduit et cité par M. Camille Notton dans les Annales du Siam, Paris 1926, tome I , page 11, arot. 2). Manich M.L., en 1967, dans son livre intitulé History of Laos (en anglais, Bangkok, 1967, p. 93) affirme aussi que les Thai et les Lao sont descendants des Thai du Nan Chao et que la migration des Thai vers le Muong Then (Diên Biên Phu) avait eu lieu 500 ans avant l’ère chrétienne. Selon cet auteur, Khoun Bourôm (dont le nom Chinois est PilawKo) un des rois les plus célèbres du royaume de Nan Chao, régna de l’an 729 à l’an 749 ap. J.C.., et son fils Khoun Lo (dont le nom chinois est Kolofeng) régna de l’an 749 à l’an 799 à Luang Prabang).

En ce qui concerne les hypothèses sur les origines des Lao, les opinions semblent plus nuancées chez les auteurs occidentaux. Faisant le compte rendu du Phongsavadan Lao du Maha Sila Viravongs, P.B. Lafont a observé « Quant aux erreurs ... on peut lire que le Nan Chao (en lao Nong Se) était peuplé de Lao (p. 19). Or si Parker a pu lancer l’idée d’un Nan-Tchao Thai (et non Lao), il y a longtemps que Sa thèse a été réfutée et l’on a montré que cet Etat avait un peuplement tibéto-biman ».

Frank M. Le Bar (Ethnic groups of Mainland South East Asia, New Haven, 1964. p. 187) mentionne aussi que l’hypothèse d’un Nan Chao peuplé de Thai a été mise on doute dans les études de Wilhelm Credner (Cultural and geographical observations made in the Tali region with special regard to the Nan Chao problem,- traduit de l’allemand par E.Seidenfaden, Bangkok Siam Society, 1935), et que d’après Herold J. Wiens (China’s march toward the tropics, Hamden, Connecticut, 1954 : 150-61), la Cour de Nan Chao subit de grandes influences des Han et de la cul-ture chinoise ; qu’il semble tout au plus que le Nan Chao était gouverné par un petit groupe de dirigeants Thai.

Toutefois, D.G.E. Hall, professeur honoraire à l’Université de Londres, dans son livre intitulé A history of SouthEast Asia (London 1964, pp. 158-139) soutient que « Le belliqueux Royaume du Nan Chao avait une population Thai mais ses dirigeants étaient de race différente ». (The warlike Kingdom of Nan Chao in West and North-West Yunnan had a Thai population, but rulers of a differeat race». Selon Hall, les Shans, les Lao, les Siamois sont tous descendants d’un même groupe ethnique apparenté aux Chinois qui fit probablement sa première apparition au VIè siècle avant J.C.

Dès lors, les annales Chinoises les ont souvent cités sous le nom de « barbares du sud du Yang-Tsé-Kiang ». Ils furent dominés par les Chinois vers les premiers siècles de l’ère chrétienne et se soulevèrent à maintes reprises pour recouvrer leur indépendance. Pour se soustraire à la domination chinoise, un grand nombre d’entre eux émigrèrent vers le nord de la Birmanie où ils furent appelés par les annales chinoises du non de Ai Lao. Le royaume Nan Chao qui se formait à l’ouest et au nord-ouest du Yunnan, avait une population Thai mais ses dirigeants étaient de race différente.

Au XIIIè siècle après J.C., il y eut une migration des Thai du Nan Chao vers le Sud du Yunnan, migration que G. Coedès a qualifié « d’une effer-vescence », favorisée probablement par l’affaiblissement du pouvoir Khmer dans cette région; le roi Jayavarman VII était occupé par un conflit avec le Champa au sud. Des états Thai furent formés au nord de la Birmanie, en Assam, à Chieng Ray, Chieng Sen et « à cette même époque, la migration massive et légendaire des Thais le long du Nam Ou vers l’emplacement de Luang Prabang actuel pourrait probablement avoir lieu ».

Coedès (Les peuples de la péninsule indochinoise Paris, 1962, p. 80) affirme aussi « Nan-chao, royaume de population Thaie, mais dont la classe dirigeante appartenait peut-être a une autre famille ethnique » ... Puis en 1964, dons la nouvelle édition revue et mise à jour de son célèbre ouvrage « Les Etats Hindouisés d’Indochine » (Paris, 1864, pp. 346-347), il reprend : «Les Thais établis au Yunnan où l’on a longtemps cru qu’ils avaient fondé eu VIIè siècle le royaume de Nan-chao (il semble qu’on ait en réalité un dialecte tibéto-birman, lolo, ou mingkia) n’ont conquis que beaucoup plus tard leur indépendance dans les vallées de l’Indochine centrale et la Birmanie.

On parle parfois de « L’Invasion des Thai » conséquence de « la poussée Mongole » au XIIIè siècle. En réalité, il s’est agi plutôt d’une infiltration lente et sans doute fort ancienne, le long des rivières relevant de ce glissement général des populations du nord vers le sud, qui caractérise le peuplement de la péninsule indochinoise. « Mais il est de fait que les environs de l’anée 1220 peut-être à la suite de mort de Jayavarmar VII qu’on peut placer peu avant cette date, ont vu se produire une grande effervescence aux confins méridionaux du Yunnan. « D’après les dates traditionnelles données ici sous toute réserve, la principauté thai de Mogang au Nord de Bhamo aurait été fondée en 1215. Celle de Moné ou Muong Nai sur un affluent de droite de la Salwin en 1223. Et l’Assam aurait été conquis en 1229. C’est vers la même date que les Chefs thai de Chieng Rung et de Ngon Yang (site de Chieng Sen) sur le hau Mékong s’allient par le mariage de leurs enfants. « C’est vraisemblablement de a même époque que date la descente légendaire de Kboun Bourôm, l’arrivée massive des Thais par le Nam Ou sur le site Luang Prabang ».

En somme « la genèse de l’établissement des Thaïs dans la vallée du Mékong est infiniment plus obscure, les documents faisant compplètement défaut si l’on néglige les légendes Laotiennes on vérité charmantes de verve de naïveté ... Il faut pourtant reconnaître que les contes merveilleux de la courge de Nuong Theng et de la division du sol entre les fils de Khoun Bourôm ne contredisent pas les notions que nous possédons sur l’expansion de la race Thai on Indochine et qu’ils constituent une allusion évidente à (leur) arrivée dans le Laos occidental » (P. Le Boulanger, Histoire du Laos Français, Paris 1931, p. 30).

Nous nous permettons ici de faire un petit détour, serait-ce à la mode de Hyde Park, pour rapprocher le mythe Laotien de Khoun Bourôm du mythe vietnamien de Con Rông Chau Tiên, en passant successivement par ceux de la Thailande, du Fou Nan, du Champa et du Cambodge. Tous ces mythes semblent concourir à confirmer deux grands faits :
-Des migrations lentes « Une poussée vers le sud » des Thai du Nord vers la Thailande, le Viêt-Nam, et une « migration plus discrète » des Hindous de l’Inde à l’Ouest vers le Fou Nan, le Champa, le Canbodge à l’Est ;
-Des migrations complexes : « métissage des individus » dans les coulées ethniques superposées , conséquences de ces migrations, « avec survivance de caractères physiques et de faits culturels appartenant aux couches les plus anciennes ».

 

Nos pays voisins et leurs légendes

 

LA THAILANDE

Légendes du Roi Kham Deng et de l’Aubergine Merveilleuse:
Un prince Thai du Nord, parcourant de grandes distances vers le sud pour capturer une biche d’or divine, épousa enfin une fille du pays et fonda la ville de Lan Na; un jardinier du pays, épousant la princesse d’un roi venu du nord, fonda à son tour son un royaume au sud.

Au début, la religion n’existait pas dans la région des 800 muongs, Un Dévaputa. sur l’ordre du Roi du Ciel, se transforma en une belle biche pour y attirer le prince du Pragna Corani appelé Kham Dèng. Celui-ci voulut la capturer, mais en vain; il leva une grande armée pour la traquer. Après une poursuite de trois mois sans répit, il arriva à Doi Ang Satong, au Nord-Ouest de Xieng Mai, et rencontra une jeune fille autochtone appelée Nang In Lao.

Ils s’aimèrent et elle l’invita à venir dans la grotte qui était sa demeure, où ils goûtèrent au plaisir d’aimer. Puis le prince poursuivit sa chasse, et rencontra trois couples (homme et femme) étendus sur les empreintes de la biche, du rhinocéros, et de l’éléphant. Un Chao Lusi, consulté, lui conseilla de prendre ces trois couples pour chefs et soutiens, et d’obéir aux gens qui naissaient et vivaient sur place.

Enfin Kham Dèng arriva à un étang où il y avait sept touffes de lotus. Sur les conseils des oracles, il y fonda une ville appelée Vieng Lanna, épousa encore deux autres jeunes filles du pays, enseigna les doctrines du Bouddha aux autochtones. Lanna fut gouverné par les descendants de Kham Dèng et de ses femmes autochtones pendant plusieurs règnes dont on ignore le nombre (d’après C. Notton, Annales du Siam, Paris 1926). b).

Légende de l 'Aubergine Merveilleuse:

Jadis, le roi de Chieng Ray (Thai) au pays de Yonôk, à la suite de l’invasion de roi voisin de Satong dut se réfugier au sud avec tout son peuple et vint s’établir à Tay Trung. Sous le règne de son quatrième successeur, un jeune homme du pays, atteint d’une grave maladie de la peau, avait le corps couvert de plaies et fut surnommé Sène Pom, qui signifie « cent mille tumurs ».

Dans son jardin, il avait fait pousser un plan d’aubergine qu’il avait arrosé de son urine et qui donnait un beau fruit d’une grosseur extraordinaire. La princesse de Tay Trung, tentée par l’apparence succulente de l’aubergine, la fit acheter, la mangea, et fut par suite enceinte. Le roi, son père, ordonna une enquête pour trouver, mais vainement, l’auteur de ce délit de lèse-majesté.

Au bout de dix mois, la princesse mit au monde un beau garçon. Le roi, sur les conseils des oracles, fit venir tous les jeunes gens du pays en leur donnant l’ordre d’apporter chacun un plateau de gâteaux et de friandises pour offrir au garçon. fils de la princesse, et stipula que celui dont le contenu du plateau serait goûté par ce garçon serait son père. Sène Pom vint, mêlé dans la foule des jeunes gens. Mais à la vue de celui-ci, le garçon accourut et l’embrassa. Indigné et honteux, le roi chassa la princesse du palais.

Emmenant le garçon, elle vint habiter la chaumière de Sène Pom Alors, Indra (dieu du brahmanisme) apparut sous la forme d’un singe et offrit à Sène Pom un tambour magique qu’il aurait à faire résonner chaque fois qu’il voudrait voir se réaliser ses souhaits.

Grâce à ce tambour merveilleux, Sène Pom put se métamorphoser en un beau jeune homme. avoir une très grande fortune, faire construire de beaux palais appelés Thep Nakhon, et devenir lui-même roi en 1319, sous le nom de Sin Chay Chieng Sen.

Après la mort de Sin Chay Chïeng Sen, son fils Uthong lui succéda. Vers 1344, Uthong transféra sa capitale au bord de la Son, qu’il nomma Krung Thep Maha Nakhon. Les rois de Thailande sont les descendants de Sène Pom et de Uthong (d’après Schweisguth, Etude sur la littérature Siamoise, Paris 1951).

Les mythes du Fou Nan, du Champa, du Cambodge, d’autre part, bâtis sur un thème commun : un prince venu de l’Inde se marie avec une princesse autochtone, fil e du Roi des Serpents, nous paraissent rappeler une autre migration de l’ouest à l’est, de l’Inde à la péninsule Indochinoise, et le métissage des Hindous avec les Indonésiennes autochtones.

FOU NAN (Chine)

Briggs, citant les documents chinois, nous rapporte ainsi un de ces mythes : Il y avait jadis au Fou Nan une princesse normée Liu-Yeh (Feuille de saule) et en Inde, un jeune homme, Hun Thien. Ce dernier, était fervent croyant et adorateur d un génie puissant qui, peu après, lui apparut en songe, lui ordonnant de s’embarquer sur une jonque de commerçants hindous pour aller dans les régions de l’est. Le lendemain, Hun Thien se rendit au temple du génie, y trouva un arc magique, le prit et partit en voyage. Le génie poussa sa jonque vers les rivages du Fou Nan. La reine Liu-Yeh voulut piller la jonque sur laquelle se trouvait Hun Thien, mais sa propre jonque fut percée par une flèche tirée par l’arc magique du jeune homme. Epouvantée, Liu-Yeh se rendit et épousa Hun Thien qui devint Roi du Fou Nan. A ce moment, Liu-Yeh. comme tous les autres autochtones, ne portait pas de vêtements. Hun Thien prit une pièce d’étoffe, perça un trou servant de col, pour draper la princesse à la cérémonie nuptiale.

CHAMPA

On retrouve une autre version de ce mythe, sur une stèle de pierre dans les ruines de My-Son, à Quang Nam au centre Viêt-Nam, une des anciennes capitales du Champa: Kaundinya, prince hindou, avait reçu d’un génie une lance magique. Naviguant au large du Champa. il la lança vers le continent, débarqua à l’endroit où la lance s’était enfoncée, épousa la princesse du pays appelée Soma, fille du Roi des Serpents Nagaraja, et devint roi du Champa.

CAMBODGE

Une autre version se retrouve dans le mythe cambodgien Nagra Raja : Préak Thong, prince hindou chassé de son pays vint à Kok Thlok (Cambodge) épousa la princesse, fille du Roi des Serpents Nagara Raja qui l’aida à conquérir tout le Fou Nan. Préak Thong monta sur le trône. donna le nom de Kambuja à son royaume. D’après cette légende, les rois du Cambodge sont tous ses descendants.

VIET NAM

Enfin, le mythe vietnamien de « Con Rông Chau Tiên » (Enfants des Dragons, descendants des Immortels) nous rappelle aussi une autre migration vers le sud, et d'une manière un peu plus complexe, le mélange de sang entre les Chinois, les premiers Vietnamiens, et les Indonésiens autochtones Un des arrière-petits-fils du roi de Chine légendaire Thân Nông se rendit au sud, épousa une immortelle et donna naissance au roi Kint Duong Vuong. Ce dernier épousa la fille du roi Thân Long (Dragon) et donna naissance à Lac Long Quân. Lac Long Quân épousa une autre Im-mortelle appelée Au-Co.

De cette alliance, naquirent cent oeufs d’où sortirent cent garçons. Lac Long Quân en garda la moitié, laissa le reste à Sa femme en disant : « Je suis de la race des dragons et vous, vous être de celle des immortels, tout comme le feu et l’eau qui s’excluent. Ainsi, nous ne pouvons pas vivre ensemble plus longtemps. Restez avec nos cinquante fils, j’emmène les autres à la mer ». Et d’après ce mythe, les Vietnamiens d’aujourd’hui sont les descendants directs des cinquante garçons de la reine Au-Co. Ce qu’il y a de commun à tous ces mythes, c’est ce « suhstratum reptilien » constitué de pythons, de ngeuk au Laos, de Naga au Cambodge, au Champa, de dragons au Viêt-Nam, auxquels viennent adhérer, fusionner d’autre éléments provenant du nord, c’est-à-dire de la Chine, ou de l’ouest, c’est-à-dire de l’Inde, tous prétendant être de noble origine royale, divine et céleste.

L’existence d’un mythe animalier commun aux peuplades primitives nous permet de supposer que ces reptiles symbolisent le substrat Indonésien présumé être la base du premier peuplement de la péninsule Indochinoise : A une époque bien reculée, confirme en effet Dao Duy Anh (Viêt-Nam Van Hoa Su Cuong, ch. I, part. I) les Indonésiens chassés de l’Inde par les Aryens, se répandirent dans la presqu’île indochinoise où ils exterminèrent les Mélanésiens qui s’y étaient établis avant leur arrivée. Puis bon nombre d’Indonésiens quittèrent le pays; le reste en Indochine, se divisa en deux groupes ceux du sud fortement Hindouisés, sont les ancêtres des Chams et des Khmers; ceux du nord, après un mélange de sang avec les Mongols, et subissant l’influence de la civilisation chinoise. donnèrent naissance aux Vietnamiens d’aujourd’hui.

Il nous reste alors à identifier les immortels dans notre mythe « Con Rông Chau Tiên ». Lê Thanh Khôi (Le Viêt-Nam-Histoire et civilisation, Paris 1955, p. 88) semble vouloir assimiler ces fées ou immortelles aux Thai « Ces différents trait de la civilisation des Lac les apparentent à la fois aux Mélano-Indonésiens et aux Thais. Est-ce que cette dualité d’origine s’exprime symboliquement dans les légendes relatives à la dynastie HôngBang ?.

C’est, on l’a vu de l’union d’un descendant d’immortels et d’une fille de dragon que ces traditions font descendre le peuple vietnamien. Or, les immortels résident dans les montagnes, tandis que le dragon qui dérivait du crocodile est une puissance des groupes Thaïs, de race mongolique, émigrés des confins du Yunnan ou du Tibet, sont venus recouvrir au cours du der-nier millénaire avant J.C. des tribus indonésiennes établies depuis longtemps dans le delta du Fleuve Rouge ».

Enfin, G. Coedès (Les peuples de la péninsule indochinoise, 1962, p. 45) conclut : « On peut cependant. en partant de ce qui a été dit des origines probables de la langue Vietnamienne, se hasarder à formuler l’hypothèse suivante : « D’après les textes chinois dont les sources d’information remontent à l’époque de la constitution du royaume de Nan-Yue et de la conquête chinoise, les anciens habitants du delta tonkinois étaient nus, se laquaient les dents, chiquaient le bétel, labouraient leurs champs avec des houes de pierre polie, empoisonnaient leurs flèches, présentant de la sorte une série de caractères qui les apparentent aux populations méridionales de l’Indochine à, parler sans tons, môn-khmères et indonésiennes. Mais ils possédaient une organisation sociale hiérarchisée et de type féodal, complètement étrangère à ces populations méridionales, identique par contre à celle des Thais et des autres groupes Ethno-Linguistiques du sud de la Chine parlant des langues à tons.

On peut ainsi distinguer dans a civilisation du Tonkin pré-chinois deux composantes se rattachant à deux types différents, dont les légendes Vietnamiennes relatives aux temps les plus anciens semblent avoir gardé le souvenir. La composante méridionale représente-t-elle l’élément LO (Lac) et la septentrionale l’élément YUE (Viet) ? c’est assez vraisemblable mais ce qui importe ici, c’est ce que l’un des éléments apparente les anciens Tonkinois aux populations de parler môn-khmer, et que l’autre les apparente aux populations de parler Thai.