DOUX LAOS

 

 

 

 

 

 

 

 

Norman Lewis : Loung Prabang

 



J'ai quitté avec regrets le 30 mai le Laos que je crois, de visu et de vita, le plus doux et le plus attachant pays du Sud- Est asiatique. Est-ce du à la religion du Buddhisme Theravada ? Est ce du à une forme de sagesse d'un peuple qui a, de tout temps, subit les envahisseurs, nous compris, et qui "fait" avec l'un des derniers régimes dit communiste mais de tendance en apparence bonhomme ?

La beauté des paysages y est pour beaucoup et l'Occident et son roi dollar n'ont effleuré pour le moment que Vientiane, la douce et Luang Prabang, qui devenue Patrimoine de l'Humanité, court à la perte de son innocence et se prépare à l'envahisseur prétendu culturel. Le rêve du parfait "faiseur" semble de l'inclure dans le circuit d'Angkor. Je me vois déjà lire la pub pour professions libérales en quête de faire valoir : le circuit des grands temples de l'Asiedu Sud-Est. A ceci près que ces temples sont pour les premiers d'origine brahmanique et que les autres - datant au mieux du 16° pour ceux qui ont survécu aux destructions -, sont purement bouddhiques.

Pour qui veut connaître le Laos dans son "encore" pureté, il doit s'y rendre dans les toutes prochaines années, après ce sera une forme de zoo-musée-pompe à dollar.

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Norman Lewis in La nuit du dragon, 1951 :
"une conception de la vie"

Travailler plus que nécessaire est considéré comme irréligieux et de mauvais goût. Le père de famille cultive un lopin de terre qu'un bonze expert en la matière estime suffisant pour ses besoins. Si la famille compte six membres, elle cultivera six portions égales de terre. Si un enfant naît, la famille défrichera et travaillera une nouvelle parcelle. Lorsqu'un membre de la famille meurt, aïeul ou bébé, la culture de sa parcelle est arrêtée. La production suffit juste à couvrir les besoins de la famille et à fournir un léger surplus vendu au marché - avec l'approbation du bonze - pour acheter quelques objets nécessaires, limités aux stricts besoins, comme une écharpe en soie ou une bicyclette pour sa fille. Les assurances sociales n'existent pas, les nécessiteux non plus. Les vieillards et les malades sont pris en charge par les jeunes ou, lorsqu'ils sont seuls et sans ressources, par la communauté. Les bonzes donnent alors des instructions pour que l'on cultive pour eux la terre nécessaire. L'accumulation de richesses non employées à des buts bien définis et approuvés est mal vue par les voisins : un processus parfaitement inverse à ce qui se passe en Occident. La principale différence entre le bouddhisme en Indochine et le christianisme - mis à part leurs mérites respectifs - réside dans le fait que le premier est, dans une très large mesure, vraiment mis en pratique.

C'est une réflexion stimulante pour un millionnaire occidental, obsédé par le besoin d'amasser des fortunes colossales pour sa réussite sociale - qu'il n'arrivera d'ailleurs pas à consommer lui-même -, que de penser qu'il atteindrait le même rayonnement personnel dans l'ordre social laotien et bouddhique par une austérité sacerdotale - en embrassant la forme de pauvreté la plus rigoureuse mais qui confère le plus grand prestige.