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Donnéesdémolinguistiques |
La Chine demeure le pays le plus peuplé au monde, avec 1,3 milliard d'habitants. La densité moyenne du pays atteint 133 habitants au km², mais c'est une mesure qui masque de très fortes disparités régionales. En effet, la répartition de la population montre une forte opposition entre la Chine de l’Ouest, où la densité moyenne n’excède pas 10 habitants au kilomètre carré (p. ex.: Tibet avec 1,8 hab./km²) et la Chine de l'Est, très densément peuplée, avec plus de 360 habitants au kilomètre carré (p. ex., près de 2200 hab./km² à Shanghai).
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Ainsi, 43 % des Chinois vivent sur 18 % de la superficie totale du pays. Il s’agit des régions côtières orientales où se concentrent les richesses, les grandes villes et les grandes plaines agricoles: Hebei avec Pékin et Tianjin; Fujian; Guangdong; Hainan; Heilongjiang; Jiangsu avec Shanghai; Jilin; Shandong; Zhejiang; Liaoning avec Shenyang. Environ 44 % de la population occupent les provinces du centre de la Chine (Anhui, Guizhou, Hubei, Henan, Hunan, Jiangxi, Shaanxi, Shanxi, Sichuan), ce qui représente 20,6 % du territoire. Enfin, 13 % seulement de la population réside en Chine occidentale et près des frontières mongoles (Gansu, Guangxi, Mongolie intérieure, Ningxia, Qinghai, Tibet, Xinjiang, Yunnan) qui couvrent 61,4 % du pays. |
Soulignons aussi que la Chine est, depuis très longtemps, un pays d’émigration. On estime à 50 millions le nombre de Chinois, appelés «Huaqiao», ayant émigré à l’étranger dont 2,5 millions en Amérique du Nord, 0,6 million en Europe et 0,16 million en Océanie. L’essentiel de cette émigration concerne en fait l’Asie, et principalement Taiwan (21 millions), l’Indonésie (6,15 millions), la Thaïlande (4,8 millions), la Malaisie (4,1 millions), Singapour (1,85 million), et, jusqu’à un passé très récent, Hong-Kong (5,7 millions) et Macao (0,47 million), ces derniers étant maintenant rétrocédés à la Chine.
Rappelons que la Chine est non seulement le troisième plus grand pays du monde, mais c'est aussi le plus populeux (1,3 milliard d'habitants). Pour la plupart des Occidentaux, tous les citoyens de la Chine, de quelque ethnie qu'ils soient, sont des «Chinois». On compte pourtant dans ce pays quelque 200 langues, 24 ethnies chinoises et 55 minorités non chinoises. Rappelons que, selon la Constitution (1982), la Chine est une «République socialiste unitaire et multinationale». Les minorités non chinoises représentent une population équivalant, par exemple, à près de deux fois et demie celle du Canada et habitent des régions qui forment ensemble un territoire aussi vaste que l'Europe de l'Ouest. En raison de son territoire immense et de sa population multilingue, la République populaire de Chine a traditionnellement pratiqué une politique linguistique énergique pour assurer l'unité nationale. Cependant, depuis quelques années, les minorités nationales ont vu leurs droits considérablement élargis.
Ceux que l'on nomme les Han — plusieurs dynasties chinoises ont porté le nom célèbre des Han — constituent l’immense majorité de la population (92 %), les 8 % restants regroupent quelque 55 minorités ethno-linguistiques. Les Han se caractérisent surtout par une culture et une civilisation commune, principalement agricole, et moins par des traits physiques communs. La majorité des Han vivent dans les bassins des cours moyens et inférieurs des fleuves Huanghe (fleuve Jaune), Changjiang (fleuve Yangtze) et Zhujiang (fleuve Perle), et dans la plaine du Song-Liao du Nord-Est (Mandchourie). Comme on le constate sur la carte des peuples de la Chine, les Han sont concentrés surtout à partir du centre du pays, puis vers le nord-est et le sud-est. Ces régions couvrent 40 % de la superficie totale de la Chine et elles correspondent au territoire de la Chine historique; il y a eu par la suite des migrations vers le sud, c'est-à-dire vers la vallée du Yang Tsé et ensuite vers l'extrême sud, puis vers l'ouest et le nord. Récemment, un certain nombre de Han se sont implantés plus massivement dans les provinces périphériques, dans le cadre de la colonisation des «zones pionnières»; il s’agissait, pour la plupart, de migrations forcées.
Les Han constituent aujourd’hui la majorité de la population dans 20 provinces sur 22, à l’exception du Ouïgour (Xinjiang) et du Tibet. Dans la région autonome de la Mongolie intérieure par exemple, ils représentent 84,5 % de la population. En 1949, les Han représentaient à peine 5,5 % de la population du Ouïgour (Xinjiang). Aujourd’hui, ils en constituent plus de 40 %. La politique de «colonisation» pratiquée depuis des décennies par la Chine au moyen de transferts massifs de populations chinoises au Tibet a largement contribué à ce que les Tibétains soient aujourd’hui minorisés dans leur propre patrie: six millions de Tibétains contre sept millions de Chinois. Pour les dirigeants chinois, il s'agit, selon le vocabulaire consacré, d'«ajouter du sable», autrement dit d'«épaissir le ciment».
Cela dit, on distingue deux catégories de Han: les Han parlant le chinois officiel (putonghua) et les Han parlant d'autres langues chinoises que le putonghua.
La première catégorie de Han, qui représente environ 67 % des Chinois, parle le chinois mandarin ou putonghua comme langue maternelle.
La seconde catégorie de Chinois han est concentrée dans le Sud-Est. Elle compte 380 millions (27 %) de locuteurs parlant l'une des 24 langues chinoises autres que le mandarin (ou putonghua): wu, cantonais (ou yu), min, xiang, hakka, gan, etc. Ces langues chinoises, qu'on s'obstine souvent à appeler «dialectes», sont des langues au même titre que le mandarin ou chinois officiel. Certaines de celles-ci sont parlées par des dizaines de millions de locuteurs: wu (77,1 millions), cantonais (52 millions), jinyu (45 millions), hakka (36 millions), gan (20,5 millions), etc.
Qu'ils parlent le mandarin ou l'une des autres langues chinoises, les locuteurs de ces langues sont considérés comme des sinophones. Ce sont, dans les deux cas, des Han. Il est à noter que, d'une langue chinoise à l'autre, la compréhension est la plupart du temps difficile, voire impossible, les différences étant aussi grandes, par exemple, qu'entre le français et l'espagnol ou le portugais.
Les Chinois han désignent comme des «minorités nationales» les peuples considérés non sinophones, c'est-à-dire les non-Han.
Les minorités nationales (shaoshu minzu) sont les non-sinophones (les non-Han). Elles regroupent au moins 70 millions de personnes (6 % de la population) et parlent quelque 55 langues différentes. En dépit de leur faible poids démographique, de leur diversité ethnique et de leur dispersion territoriale, les quelque 55 minorités nationales revêtent une importance géopolitique certaine, dans la mesure où elles occupent plus de 60 % du territoire et où certaines aires d’habitat constituent des zones particulièrement sensibles au point de vue géopolitique. Il existe au-delà de 64 millions de représentants des minorités vivant dans les régions autonomes de la Chine, formant 78 % du total (incluant les provinces) de la population minoritaire dont le nombre s'élève à quelque 82 millions d'individus.
2.1 Les minorités importantes
Les minorités les plus importantes au point de vue du nombre de leurs membres comptent plus d'un million de personnes et constituent quelque 90 % de la population totale englobant toutes les minorités de la Chine. Ce sont les suivantes: les Zhuang, les Hui, les Ouïgours, les Yi, les Miao, les Mandchous, les Tibétains, les Mongols, les Tujia, les Buyei, les Coréens, les Dong, les Yao, les Bai et les Hani.
2.2 Les minorités moins importantes
Les minorités dont le nombre se situe entre 100 000 et moins d'un million d'individus représentent 7,5 % des minorités nationales: les Kazakhs, les Dai, les Li, les Lisu, les She, les Lahu, les Va, les Sui, les Dongxiang, les Naxi, les Monghor (Tu), les Kirghiz et les Qiang.
À ce nombre s'ajoutent 18 nationalités dont la population est supérieure à 10 000, mais inférieure à 100 000, c'est-à-dire 1,1 % de la population totale des minorités nationales: les Daur, les Jingpo, les Mulam, les Xibe, les Salar, les Blang, les Gelao, les Maonan, les Achang, les Tadjiks, les Pumi, les Nu, les Evenki, les Gin, les De'ang, les Ouzbeks, les Jino et les Yugurs.
Enfin, il existe neuf nationalités dont la population est inférieure à 10 000 personnes (soit 0,05 % des populations minoritaires): les Bao'an, les Derung, les Tatars, les Oroqen, les Russes, les Gaoshan, les Hezhen, les Monba et les Lhoba.
L’ensemble se répartit en cinq groupes :
Groupe altaïque: les Ouïgours, les Mandchous, les Mongols, les Coréens, les Kazakhs;
Groupe hui : les Huis (appelés Dounganes au Kirghizistan et au Tadjikistan)
Groupe sino-thaï : les Zhuangs, les Buyis, les Dong, les Li, les Dai;
Groupe tibéto-birman : les Yi, les Tibétains, les Bai, les Hani, les Lisu;
Groupe miao-yao : les Miao, les Tujia, les Yao.
2.3 Les régions minoritaires
Bien que présentes un peu partout dans le pays, les minorités se localisent principalement dans les régions périphériques frontalières du Nord-Est, du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, ainsi que dans les provinces du Sud. En soi, le nombre relativement faible des minorités (6 %) ne constituerait pas un problème en Chine si ce n'était le fait que les Han (tant ceux du Nord que ceux du Sud), malgré leur forte majorité de 92 %, n'occupent que 40 % du territoire chinois, alors que les minorités non sinophones en occupent 60 %.
De plus, ces minorités habitent des territoires riches en ressources naturelles et elles sont localisées près des frontières considérées comme stratégiques par Pékin pour une question de sécurité nationale. De plus, ces minorités ont des liens ethniques avec des peuples frères de l'autre côté des frontières. Toutes les nationalités turques (Ouïgours, Kazakhs, Tatars, Kirghiz, Ouzbeks, etc.) occupent des frontières communes avec les nations turques de l'ex-URSS, de l'Afghanistan et du Pakistan; les Tibétains de Chine partagent également une frontière avec les Tibétains de l'Inde; les Miao, les Li et les Zhuang entretiennent des liens avec leurs semblables au Laos et au Vietnam; il en est de même pour les Mongols de Chine relativement à leurs frères en Mongolie et en Russie; les Coréens, eux aussi, partagent une frontière avec les Coréens de la Corée du Nord. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les minorités non sinophones rendent les frontières chinoises poreuses et peu sûres.
On dénombre environ 200 langues en Chine. De ce nombre, 24 sont des langues chinoises appartenant à la famille sino-tibétaine. Les langues chinois modernes (c'est-à-dire postérieures au XIe siècle de notre ère) sont toutes issus du chinois archaïque qui possède une longue histoire de plus de trois mille ans. Le chinois archaïque était déjà monosyllabique, mais subissait cependant des flexions grammaticales. L'étape suivante, qui a fait l'objet d'analyses approfondies, fut celle du chinois moyen ou chinois ancien (jusqu'au XIe siècle de notre ère). À cette époque, le système phonologique remarquablement riche du chinois archaïque avait déjà évolué vers la simplification extrême connue dans les langues chinoises modernes. Les plus importantes langues chinoises, c'est-à-dire celles qui comptent plus de 10 millions de locuteurs, sont les suivantes:
| Langue | Pourcentage | Locuteurs (1999) | Localisation | Dialectes |
| Mandarin (putonghua) |
68 % |
867,2 millions | huabei guanhua, xibei guanhua, xinan guanhua, jinghuai guanhua (jiangxia guanhua, bas-yangze mandarin) | |
| Wu | 6,1 % | 77,1 millions | taihu, jinhua (kinhwa), taizhou, oujiang, wuzhou, chuqu, xuanzhou | |
| Yu (cantonais) | 4,1 % | 52 millions | yuehai (guangfu, hong-kongais, cantonais, shatou, shiqi, wancheng), siyi (seiyap, taishan, toisan, hoisan, schleiyip), gaolei (gaoyang), qinlian, guinan | |
| Huizhou (dungan) | 3,9 % | 50 millions |
jixi, xiuyi, qide, yanzhou, jingzhan |
|
| Jinyu | 3,5 % | 45 millions | Shanxi | ---- |
| Xiang | 2,8 % | 36 millions | Hunan | --- |
| Min nan | 2,0 % | 25,7 millions | xiamen, leizhou (lei hua, li hua), chao-shan, hainan (hainanese, qiongwen hua, wenchang), longdu, zhenan min | |
| Hakka (kejia) | 2,0 % | 25,7 millions | yue-tai (meixian, raoping, taiwan kejia), yuezhong, huizhou, yuebei, tingzhou (min-ke), ning-long (longnan), yugui, tonggu | |
| Gan | 1,6 % | 20,5 millions | Jiayu, Chongyang, Anhui, Hunan, Fujian | chang-jing, yi-liu, ji-cha, fu-guang, ying-yi |
| Min bei | 0,8 % | 10,3 millions | Fujian |
--- |
Le chinois mandarin, appelé officiellement putonghua, est parlé par au moins 867 millions de locuteurs dans la majorité des provinces du pays, notamment dans tout le Centre, ainsi que le Nord-Est: Qinghai, Ningxia, Gansu, Shaanxi, Sichuan, Yunnan, Guizhou, Hubei, Shanxi, Henan, Anhui, Shandong, Tianjin, Pékin, Liaoning, Jilin, etc.
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On remarquera que toutes les langues chinoises
—
ce ne sont pas toutes des «dialectes»
—
autres que le mandarin (ou
putonghua) sont parlées dans le sud-est de la Chine. En effet le
wu est parlé dans les provinces de
Jiangsu, la ville de Shanghai, de Zhejiang, le gan
dans le Jiangxi et le Hubei, le xiang dans
le Hunan (portions du Guangxi et du Guangdong), le
min dans le Fujian, l'île de Hainan et l'île de Taiwan, le
hakka (ou kejia) dans le Guangdong, le
Fujian et le Jiangxi, le
cantonais (ou yu) dans le Guangxi et le Guangdong
(voir la carte linguistique).
Quant au jinju, il est considéré comme une variante du mandarin; il est parlé dans les provinces de Shanxi, Shaanxi et Henan. Le huizhou, pour sa part, est considéré également comme une autre variante du mandarin; il est parlé par 50 millions de locuteurs musulmans — les Hui — dans la Région autonome de Ouïgour, ainsi que dans les provinces de Gansu, Qinghai et Ningxia. Il existe d'autres langues chinoises telles que le min dong, le min nan, le min zhong, le pu-xian, etc. |
Les langues chinoises ne sont pas mutuellement intelligibles. Par exemple, les différences qui opposent le mandarin, le wu, le gan, le xiang, etc., sont similaires à celles qui distinguent les langues romanes (français, espagnol, portugais, italien, catalan, etc.) les unes des autres.
Il faut préciser également que chacune des grandes langues chinoises est fragmentée en plusieurs variétés dialectales. Le mandarin lui-même se subdivise en huabei guanhua, xibei guanhua, xinan guanhua, jinghuai guanhua (jiangxia guanhua, bas-yangze); le wu connaît les variétés comme le taihu, le jinhua (kinhwa), le taizhou, l'oujiang, le wuzhou, le chuqu, le xuanzhou. Il en est ainsi pour la plupart des autres langues. Les langues chinoises autres que le putonghua (mandarin) demeurent les langues de la vie courante; parler le putonghua constitue un effort pour une grande partie de la population. Même la variété du pékinois, base du putonghua, est une langue riche en expressions argotiques et à l'accent prononcé.
Ainsi, la plupart des Chinois parlent, en plus de leur langue maternelle, voire leur dialecte local, la langue standard que les Occidentaux appellent le mandarin, mais que les Chinois appellent le putonghua («langue commune»). Néanmoins, dans de grandes régions de la Chine, beaucoup de gens ignorent la langue officielle. Toutes les langues chinoises utilisent la même forme écrite commune, les idéogrammes chinois n'indiquant pas la prononciation des mots qu'ils transcrivent. Autrement dit, les Hans ne se comprennent pas s'ils parlent leur langue locale, mais ils communiquent aisément lorsqu'ils écrivent ou lisent les idéogrammes.
3.1 Le chinois officiel (普通話;pǔtōnghuà en pinyin)
Le chinois officiel, rappelons-le, est appelé putonghua (普通話 ou pǔtōnghuà en pinyin) en République populaire de Chine. C'est une langue très normalisée, et basée sur la variante locale du parler de Pékin. Plusieurs termes sont utilisés pour désigner le chinois officiel: hanyu (han-yu) («langue des Han»), zhongwen («écriture de l'Empire du milieu»), putonghua («langue commune» et à Taiwan guoyu («langue nationale»). Le mot mandarin correspond à la langue utilisée par les fonctionnaires lettrés qui subissaient les examens de recrutement dans cette langue; sous l'ère Yongzheng des Qing (1723-1735), l'empereur exigeait que les fonctionnaires parlent le mandarin («langue des fonctionnaires»), l'expression n'étant plus beaucoup en usage en Chine. Maintenant, le terme officiel est putonghua, conformément à ce qui est inscrit dans la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de 2001.
Toutes les langues chinoises possèdent des caractéristiques communes: elles sont monosyllabiques (chaque mot ne comportant qu'une seule syllabe), ignorent pratiquement la flexion (préfixes et suffixes) et demeurent tonales (ce sont des langues «à tons). Le système de tons demeure l'une des difficultés majeures pour un Occidental, la seconde étant évidemment l'écriture.
- Le syllabisme
On dit le chinois est une langue monosyllabique. C'est quelque peu inexact si l'on veut dire par là que tous les mots chinois n'ont qu'une syllabe. Par contre, il est vrai que chacune des syllabes possède un sens. Les mots les plus usuels (être, grand, homme, etc.) ont généralement une seule syllabe et sont représentés par un seul caractère, mais ces mots, très fréquents, ne représentent guère que 10 % de la totalité des mots chinois. Les textes de style classique, extrêmement concis, ne comprennent, pour leur part, que des mots monosyllabiques, dont chacun est transcrit par un seul caractère; c'est par référence à ce style «noble» que les Occidentaux ont déclaré «monosyllabique» la langue chinoise.
Quant au chinois moderne, écrit ou parlé par des gens cultivés, il comporte pour l'essentiel des mots dissyllabiques qui s'écrivent à l'aide de deux caractères, dont chacun peut avoir un sens isolé. Par exemple, «généreux» se dit [dàfāng] (dissyllabiques); il s'écrit avec les caractères [dà] («grand») et [fāng], qui peuvent avoir un sens pris isolément, mais qui le perdent quand ils sont ainsi associés. Par ailleurs, il existe un certain nombre de mots, d'origine étrangère, polysyllabiques.
Dans tous les cas, nous pouvons affirmer que l'unité phonique minimum naturelle en chinois est la syllabe (et non pas le phonème, comme dans les langues indo-européennes). Une syllabe comporte elle-même deux constituants pertinents: des phonèmes, d'une part, un ton, d'autre part.
- Les tons
Les langues dites tonales utilisent les différences de hauteur musicale de façon pertinente au plan lexical, c'est-à-dire qu'elles peuvent distinguer deux mots constitués de deux séquences de phonèmes identiques, mais prononcés à une hauteur différente. Ces différences de hauteur peuvent être statiques (tons haut, moyen et bas) ou dynamiques (tons montant et descendant). Si le putonghua compte quatre tons, le cantonais, par exemple, en utilise sept (peut-être neuf?).
Si l'on observe la tableau ci-dessous, on constatera que le chinois standard compte cinq tons, l'un étant «neutre».
| 妈 | 麻 | 马 | 骂 | 吗 |
| mā: «maman» | má: «chanvre» | mǎ: «cheval» | mà: «injurier» | ma: «est-ce que?» |
Ainsi, le mot MA peut être prononcé avec cinq variables tonales différentes:
1) Ton élevé et égal (trait horizontal): 妈 [mā]: signifiant «maman»;
2) Ton montant (trait montant ou accent aigu): 麻 [má]: signifiant «chanvre»;
3) Ton descendant puis montant (trait en v): 马 [mǎ]: signifiant «cheval»;
4) Ton descendant (trait descendant ou accent grave): 骂 [mà]: signifiant «injurier»;
5) Ton léger (neutre, sans marque): 吗 [ma]: relatif à l'interrogation.
Ces tons sont phonologiquement pertinents, car ils modifient le sens du mot MA, selon qu'il sont prononcés [mā] (maman), [má] (chanvre), [mǎ] (cheval), [mà] (injurier) ou [ma] (est-ce que?).
Du côté du phonétisme, les voyelles chinois, au nombre de sept, peuvent être simples (a, e, i, o, ou, ü, er) ou complexes (diphtongues: ia, ie, ou, etc., et triphtongues: iao, uai, etc.). On compte huit voyelles phonétiques de base: [i], [y] (comme le u français), [e] (comme beurre), [a] (comme patte), [α] (comme pâte), [u] (comme ou), [o] et [er]. la voyelle /u/ se prononce [ou], sauf devant et après [n], et après [k], [j] et [j] où elle se prononce comme le [u] français.
Les consonnes initiales sont au nombre de 21: trois bilabiales ([p], [ph], [m], une labiodentale ([f]), trois dentales ([ts], [tsh], [s]), trois alvéolaires ([t[, [th], [l], [n]), quatre alvéopalatales ([ž], [žh], [ch] et [je] comme le je français), trois palatales ([tj] comme jack, [tjh], [x] comme le ich allemand) et trois vélaires ([k], [kh], [h]). Mais comme rien n'est simple, il semble préférable de présenter le tableau suivant (utilisant l'alphabet pinyin):
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a
|
o
|
e
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-i
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er
|
ai
|
ei
|
ao
|
ou
|
an
|
en
|
ang
|
eng
|
ong
|
|
|
a | o | e | er | ai | ei | ao | ou | an | en | ang | eng | ||
|
b
|
ba | bo | bai | bei | bao |
ban |
ben |
bang |
beng |
|||||
|
p
|
pa | po | pai | pei | pao | pou |
pan |
pen |
pang |
peng |
||||
|
m
|
ma | mo | me | mai | mei | mao | mou |
man |
men |
mang |
meng |
|||
|
f
|
fa | fo | fei | fou |
fan |
fen |
fang |
feng |
||||||
|
d
|
da | de | dai | dei | dao | dou |
dan |
den |
dang |
deng |
dong | |||
|
t
|
ta | te | tai | tao | tou |
tan |
tang |
teng |
tong | |||||
|
n
|
na | ne | nai | nei | nao | nou |
nan |
nen |
nang |
neng |
nong | |||
|
l
|
la | le | lai | lei | lao | lou |
lan |
lang |
leng |
long | ||||
|
z
|
za | ze | zi | zai | zei | zao | zou |
zan |
zen |
zang |
zeng |
zong | ||
|
c
|
ca | ce | ci | cai | cao | cou |
can |
cen |
cang |
-- |
3.2 L'écriture chinoise
Il existe différents systèmes de transcription pour les langues chinoises. On connaît le fameux système idéographique chinois, qui fait le malheur des Occidentaux. Quand on Occidental dit «que c'est du chinois», c'est qu'il n'y a rien à comprendre; on parle aussi de chinoiseries, c'est-à-dire de «complication inutile et extravagante». Voilà pour l'exotisme!
Parallèlement à ce système, mentionnons l'alphabet pinyin (alphabet latin) utilisé en République populaire de Chine, l'alphabet bopomofo, non latinisé, employé à Taiwan, l'alphabet penkyamp inspirée du pinyin mais adapté au cantonais, le système latinisé dit de Wade-Giles (pour le mandarin); ce dernier s'est développé d'après un système créé par Thomas Wade au milieu du XIXe siècle, et modifié par Herbert Giles dans son dictionnaire chinois-anglais de 1912; il a été le principal système de transcription dans le monde anglophone pendant la majorité du XXe siècle. L'alphabet Wade-Giles utilise des traits d'unions pour séparer toutes les syllabes (par exemple, Hsi-an (西安) et Hsi-fan (稀飯), alors que le pinyin ne sépare que les syllabes ambiguës, avec une apostrophe (par exemple, Xi'an, mais Xifan).
| Traditionnel - Simplifié | Pinyin | Signification | Remarques |
|
|
Hanyu |
«écriture de l'Empire «langue commune» «langue nationale» |
terme générique
généralement utilisé pour désigner la langue écrite
terme pour désigner le chinois officiel terme taiwanais pour désigner le chinois mandarin |
- Les caractères chinois
La langue chinoise écrite avec des idéogrammes est d'un type très ancien; depuis la disparition des hiéroglyphes égyptiens, seules les langues chinoises possède un tel système idéographique. Ce système attribue un symbole ou un caractère distinctif unique pour chaque mot de vocabulaire. Comme les mots sont nombreux, les idéogrammes le sont aussi. La connaissance de 2000 ou 3000 caractères est nécessaire pour lire les journaux, et un dictionnaire peut comprendre plus de 40 000 caractères, qui peuvent être classés en fonction de leur forme ou du son du mot qu'ils représentent. Généralement, on doit en connaître un millier vers l'âge de dix ans, 3000 à la fin des études secondaires, environ 6000 pour un niveau d'instruction supérieur. En principe, il n'y a pas de limites au nombre d'idéogrammes. Dans certains dictionnaires scientifiques, on peut compter jusqu'à 80 000 idéogrammes. Cette complexité a rendu nécessaire plusieurs réformes au cours des années (ou des siècles). La réforme de 1977 a permis de simplifier le système au point que, avec environ 2240 caractères, il est possible de satisfaire aux besoins de l'usage courant.
Comme d'autres écritures anciennes, le chinois écrit provient d'une symbolisation picturale. Il n'a évolué vers une représentation mot à mot de la langue que lorsque ses utilisateurs comprirent que certains termes trop abstraits pouvaient être indiqués par leur son, plutôt que par leur sens. Toutefois, à l'inverse des autres systèmes d'écriture, qui ont tous évolué vers une représentation alphabétique des mots — c'est-à-dire essentiellement phonétique —, le chinois fonctionne encore autant de manière pictographique que phonétique. En outre, la représentation des sons n'a pas suivi l'évolution de la langue parlée, et reflète toujours la prononciation d'il y a 3000 ans.
Le système repose sur quelques centaines de
pictogrammes désignant des notions simples comme homme, cheval ou
hache, à
partir desquels se sont développés des pictogrammes complexes. Par exemple, le
caractère prononcé nian, représentant un homme portant du grain, signifie «moisson» et par extension «année».
On trouve également en chinois des pictogrammes à valeur phonétique,
c'est-à-dire l'emprunt du pictogramme d'un mot concret pour indiquer un mot
abstrait ayant une prononciation identique ou très proche. Le principe
sous-jacent est celui du rébus. Par exemple, le pictogramme de «pelle à poussière»
(qui se prononce [ji]) sert également à écrire les mots grammaticaux ce et
son ou sa ([qi] ou [ji]). Au cours de la période Zhou (XIe-IIIe
siècles avant notre ère), ce type d'utilisation des caractères se
répandit largement. Si, à l'époque, les scribes s'étaient entendus pour
admettre que le pictogramme «pelle à poussière» représenterait toute
syllabe prononcée [ji], ils auraient découvert le principe du
syllabaire phonétique, précurseur de l'alphabet. Cependant, en raison
du grand nombre d'homonymes en chinois, les scribes préférèrent
conserver le système pictographique. Peu à peu, les scribes
n'utilisèrent plus le pictogramme de pelle à poussière que pour signifier «son» ou
«sa» et, dans les rares occasions où ils voulaient effectivement parler d'une
pelle à poussière, ils prirent l'habitude de «désambiguïser» le caractère en y
adjoignant le pictogramme de «bambou», bois dans lequel étaient fabriquées les
pelles à poussière. Ce «procédé de désambiguïsation» se généralisa, si bien que
l'on peut adjoindre tout pictogramme, en tant que représentation d'un son, à
n'importe quel autre pictogramme pour en indiquer le sens, formant ainsi un
composé phonétique. Par exemple, l'idéogramme de «pelle à poussière», accompagné de «terre» au lieu de «bambou», signifie donc
[ji], mot homonyme dont le sens est «base, fondation».
Aujourd'hui, on emploie toujours des idéogrammes à valeur purement
idéographique (simples ou composés) pour désigner certains mots parmi les plus
courants : par exemple, «maison», «mère», «enfant», «riz» ou «feu». Cela dit, quelque 95
% des
mots d'un dictionnaire s'écrivent à l'aide d'idéogrammes composés à valeur
phonétique.
Pour exprimer les concepts modernes, la langue chinoise invente généralement des
équivalents à partir de son propre fonds de monosyllabes (ainsi, «chimie»
devient en chinois «étude des transformations»), ou bien elle reproduit ces
termes par leur transcription phonétique.
L'utilisation des caractères chinois pour la terminologie scientifique peut
présenter certains inconvénients, notamment par la difficulté d'avoir des formes
phonétiques et graphiques conciliables avec le vocabulaire scientifique
international. Entre les différentes langues indo-européennes, une simple
translittération permet de s'approprier de la terminologie scientifique et
technique (gréco-latine), puisque les lettres sont soit totalement identiques, soit au moins
équivalentes. Un tel procédé procédé est totalement inapplicable dans le cas du
chinois.
Cette langue n'utilisant pas une écriture alphabétique et phonétique compatible avec ce qui existe ailleurs dans le monde, il est impossible de procéder à des translittérations de ce genre. Bien qu'il soit possible de créer des mots sur une base phonétique, le procédé n'est toutefois guère populaire. Ce phénomène s'explique par le fait que l'écriture chinoise étant idéophonographique, les utilisateurs sont habitués à certaines particularités comme de pouvoir, à la seule vue d'un caractère, en deviner le sens ou encore de comprendre d'emblée la signification de certains termes. L'utilisation des traductions phonétiques est d'ailleurs facilement source d'erreurs et, de plus, elle biaise la lecture idéographique. C'est pourquoi tout travail d'uniformisation de la terminologie scientifique et technique en Chine doit plutôt s'inscrire dans cette culture idéographique profondément ancrée, qu'il convient probablement de continuer à développer, tout en respectant les concepts et les contenus scientifiques.
- L'alphabet pinyin
En 1951, le gouvernement chinois a introduit un alphabet appelé pinyin. Le président Mao Tsé-toung (1893-1976) avait entrepris cette gigantesque réforme linguistique dans le but de faciliter l'alphabétisation des masses, de favoriser l'apprentissage du chinois chez les jeunes enfants, de créer des langues écrites pour les minorités et de permettre l'informatisation des banques de données. La politique officielle du gouvernement chinois est de poursuivre la romanisation de l'écriture (l'alphabet pinyin étant calqué pour l'essentiel sur l'alphabet latin) et d'orienter les langues chinoises (et non chinoises) existantes vers l'alphabet pinyin. L'alphabet dit Hanyu Pinyin comporte 30 formes qui permettent de représenter 26 lettres de l alphabet latin. On peut cliquer ICI pour pour avoir une idée des consonnes cet alphabet qui a pour titre officiel: Système d'alphabet phonétique chinois.
Le 11 février 1958, la 5e session plénière de l'Assemblée nationale de la République populaire de Chine de la première législature adoptait le Projet de transcription phonétique de la langue chinoise (le pinyin). Par cette loi, l'Assemblée rendait officiel l'alphabet phonétique chinois basé sur l'alphabet latin élaboré par le Comité de réforme de la langue chinoise. Il devenait ainsi possible d'utiliser une norme chinoise pour écrire phonétiquement les caractères chinois de la langue commune, le putonghua ou «langue des Han». Cet alphabet fut par la suite reconnu en 1982 comme norme d'épellation de la langue chinoise par l'Organisme international de normalisation (OIN).
L'alphabet phonétique pinyin se révèle être un outil indispensable pour les étrangers qui désirent apprendre le chinois. Il est d'abord utilisé par les enfants des écoles primaires de Chine pour apprendre le caractères chinois. Il se retrouve maintenant dans la plupart des éditions des dictionnaires chinois, principalement ceux destinés aux étrangers. Il est également de plus en plus utilisé comme base dans des applications diverses: le braille chinois, le télégraphe, le sémaphore marin, la signalisation routière et les méthodes de saisie informatique.
Dans les faits, les Chinois continuent d'ignorer largement cette écriture alphabétique (pinyin) qui est enseignée à l'école primaire, puis oubliée dès le secondaire où elle ne sert à peu près plus. En somme, seule l'écriture en caractères (idéographique) continue d'être systématiquement utilisée en Chine, d'une part, parce que les Chinois y sont demeurés très attachés, d'autre part, parce qu'elle favorise l'unité nationale. En effet, grâce à ce système, tous les Han peuvent lire, par exemple, le même journal, chacun dans sa langue. La généralisation du pinyin mettrait fin à cette possibilité.
Il existe quelque 55 minorités ethniques non chinoises, mais les langues sont beaucoup plus nombreuses: au moins 150. Comme plusieurs de ces langues sont fragmentées en différentes variétés dialectales, le nombre des parlers non chinois doit dépasser le nombre de 300 ou 400. Précisons aussi que plusieurs de ces minorités non chinoises sont réunies en groupes compacts dans des régions périphériques du pays ou des districts ethniques, ce qui leur permet de conserver généralement leurs langues locales. L'une des caractéristiques de la distribution de ces populations vient du fait qu'une bonne partie vit dans les campagnes et que seulement une petite fraction relative de cette population habite les milieux urbains; il en résulte que la plupart des langues maternelles sont utilisées dans les campagnes et quelques-unes seulement, comme le tatar et l'ouzbek, par les autochtones qui vivent éparpillés dans les villes et villages.
La conjoncture des langues des minorités nationales en Chine permet de constater que la répartition des langues est fondamentalement liée à celle des nationalités. Si l'on constate que plusieurs nationalités n'utilisent qu'une seule langue, d'autres en utilisent plusieurs. Cette situation s'explique par le fait des migrations des peuples à travers l'histoire, du développement continu des sociétés et des contacts de plus en plus nombreux des différentes nationalités entre elles. C'est ce qui a amené certaines nationalités à utiliser, au cours des temps, des langues d'autres groupes et certaines autres à abandonner, en partie ou presque entièrement, leur langue maternelle pour adopter la langue d'autres nationalités.
4.1 Les familles linguistiques
Les langues de la Chine des minorités appartiennent à huit familles linguistiques. La parenté des langues peut s'établir de la façon qui suit:
(1) La
famille sino-tibétaine,
comptant environ 40 langues, qui peuvent se subdiviser en quatre groupes:
(2) La famille altaïque comprend 19 langues qui se subdivisent en trois groupes:
(3) La famille austro-asiatique comprend quatre langues appartenant au même groupe:
(4) La famille thaï-kadai compte une cinquantaine de langues pour 20 millions de locuteurs:
(5) La famille miao-yao (hmong-mien) compte 32 langues (pour environ sept millions de locuteurs en Chine):
(6) La famille austronésienne compte 14 langues appartenant au même groupe:
(7) La famille coréenne
(8) La famille indo-européenne compte deux langues, à laquelle appartiennent les deux groupes suivants:
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4.2 Les langues numériquement les plus importantes
Considérons, plus ou moins arbitrairement il va sans dire, que les langues des minorités les plus importantes se situent au-dessus de 100 000 locuteurs. Onze langues sont parlées par un million ou plus de locuteurs. Le zhuang du Nord (10 millions), l'ouïgour (7,2 millions) et le zhuang du Sud comptent plus de cinq millions de locuteurs. Les autres langues «millionnaires» sont le hmong, le mongol, le yi, le dong, le buyi, le coréen, le khams et le tibétain. Au total, 35 langues sont parlées par plus de 100 000 locuteurs, dont plusieurs langues sino-tibétaines, thaï-kadai et hmong-mien. Le tableau ci-dessous illustre la situation de ces langues:
| Rang | Langue | Locuteurs | Famille/groupe |
| 1 | zhuang du Nord | 10 millions | thaï-kadai |
| 2 | ouïgour | 7,2 millions | altaïque (turcique) |
| 3 | zhuang du Sud | 4 millions | thaï-kadai |
| 4 | hmong | 3,8 millions | hmong-mien |
| 5 | mongol | 3,3 millions | altaïque (mongol) |
| 6 | yi | 3 millions | tibéto-birman |
| 7 | dong | 2,3 millions | thaï-kadai |
| 8 | buyi | 2 millions | thaï-kadai |
| 9 | coréen | 1,9 million | coréenne |
| 10 | khams | 1,4 million | tibéto-birman |
| 11 | tibétain | 1 million | tibéto-birman |
| 12 | bai | 900 000 | tibéto-birman |
| 13 | yao (yiu mien) | 884 000 | hmong-mien |
| 14 | amdo | 809 500 | tibéto-birman |
| 15 | li | 747 000 | thaï-kadai |
| 16 | atuentse | 520 000 | tibéto-birman |
| 17 | hani | 500 000 | tibéto-birman |
| 18 | lahu | 411 476 | tibéto-birman |
| 19 | dongxiang | 374 000 | altaïque (mongol) |
| 20 | sui | 346 000 | thaï-kadai |
| 21 | naxi | 278 000 | tibéto-birman |
| 22 | bunu | 258 000 | hmong-mien |
| 23 | lü | 250 000 | thaï-kadai |
| 24 | thaï nüa | 250 000 | thaï-kadai |
| 25 | parauk | 180 000 | austro-asiatique (mon-kher) |
| 26 | tujia | 170 000 | tibéto-birman |
| 27 | mulam | 160 000 | thaï-kadai |
| 28 | jyarong | 151 200 | tibéto-birman |
| 29 | thaï hongjin | 150 000 | thaï-kadai |
| 30 | kirghiz | 142 000 | altaïque (turcique) |
| 31 | baima | 110 000 | tibéto-birman |
| 32 | kim mun | 107 000 | hmong-mien |
| 33 | aka | 103 000 | tibéto-birman |
| 34 | kado | 100 000 | tibéto-birman |
| 35 | honi | 100 000 | tibéto-birman |
4.3 Langues et nationalités
Parmi les nombreuses langues minoritaires de Chine, la plupart portent le même nom que celui de leur nationalité. Il s'agit du zhuang, du buyei, du dai, du dong, du shui, du mulam, du maonan, du li, du gelao, du miao, du she, du tibétain, du yi, du hani, du naxi, du lisu, du lahu, du bai, du jino, du derung, du achang, du jingpo, du qiang, du pumi, tujia, de l'ouïgour, du kazakh, du kirghiz, de l'ouzbek, du tatar, du salar mongol, du daur, du monguor, du dongxiang, du bao'an, du xibe, du mandchou, du hezhen, de l'oroqen, de l'évenki, du va, du blang, du de'ang, du tadjik, du russe, du coréen et du gin.
D'autres langues ont des appellations différentes de celle de la nationalité de leurs locuteurs. Par exemple, plus de 90 000 Tibétains utilisent le gyarong comme langue maternelle, les Monba parlent deux langues, le cona monba et le canglo monba. Les Lhoba s'expriment en bengni-bogar et en yidu ihoba, la branche zaiwa de la nationalité jingpo parle le zaiwa, la nationalité nu parle le nusu, l'anong et le rouruo; ceux de nationalité yao emploient le mian, le bunu et le lakkia, tandis que des Ouïgours ont recours au yugur oriental et au yugur occidental. On compte 2000 Mongols parlant le touva et approximativement 4000 Hui de langue huihui.
Fait inusité, on a même repéré 13 langues parlées par les Gaoshan qui, par le fait même, n'ont pas de leur propre: l'atayal, l'amis, le paiwan, le bunun, le rukai, le tsou, le puyuma, le sedeq, le saisiat, le saaroa, le kanakanavu, le thao et le yami. Un nombre des 1600 Kemu parlent le kemi et quelque 1000 Deng utilisent les langues darang deng et geman deng.
4.4 Les régions autonomes
Rappelons que la Chine compte cinq régions autonomes «égales en statut à la province»: la Mongolie intérieure, le Guangxi, le Tibet, le Ningxia, le Xinjiang ou Ouïgour. En principe, le statut de régions autonomes s'applique aux provinces comptant historiquement d'importantes minorités nationales à population compacte, telles que les Hui (Ningxia), les Mongols (Mongolie intérieure), les Zhuang (Guangxi), les Tibétains (Tibet), les Ouïgours (Ouïgour ou Xinjian). Le tableau ci-dessous donne un portrait sommaire de la situation:
| Région autonome | Dénomination chinoise | Capitale | Population (2003) | Langue principale | Superficie |
| Guangxi | Guangxi Zhuang | Nanning | 46,6 millions | zhuang | 220 400 km2 |
| Mongolie intérieure | Obor Mongol | Hohhot | 24,6 millions | mongol | 1 177 500 km2 |
| Ningxia | Ningxia Hui | Yinchuan | 5,8 millions | chinois mandarin | 66 400 km2 |
| Tibet | Xizang | Lhasa | 2,7 millions | tibétain | 1 221 600 km2 |
| Ouïgour | Xinjiang | Ürümqi | 19,9 millions | ouïgour / kazakh | 1 646 800 km2 |
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La Région autonome de Ningxia (5,8 millions), abritant les Hui, est de langue chinoise. Tous les Hui, y compris ceux qui habitent dans dans la Région autonome de Ouïgour, ainsi que dans les provinces de Gansu et Qinghai, parlent le chinois mandarin appelé le huizhou, considéré comme une variante du chinois standard. Les Hui constituent 33,9 % de la population du Ningxia, les Han formant 66 %, alors que les autres groupes ethniques réunis — une vingtaine — n'atteignent que 0,51 du total. Les Hui sont les descendant de marchands arabes et perses, mais au cours des siècles, en raison des mariages mixtes avec les Han, ils ont perdu l'usage de leur langue ancestrale. |
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La Mongolie intérieure (par opposition à la Mongolie «extérieure»: la république de Mongolie au nord) est la patrie des Mongols, mais la région autonome (24,6 millions) ne compte que 10 % de Mongols, les autres ethnies étant composés de Han, de Hui, de Mandchous, de Daur, d'Évenki, d'Orogen, de Coréens, de Zhuang, de Tibétains, de Tu, etc. Beaucoup de Mongols vivent dans les provinces ou régions de Liaoning, Jilin, Heilongjiang, Xinjiang, Qinghai, Gansu, Ningxia, Hebei, Henan, Sichuan, Yunnan et Pékin. C'est pourquoi le chinois mandarin est d'usage courant dans les villes de la Mongolie intérieure, tant de la part des sinophones que de la part des Mongols et autres non-sinophones. |
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Dans la Région autonome du Guangxi (46,6 millions), située au sud de la Chine, on compte quelque 48 groupes ethniques, dont des Han, des Zhuang, des Yao, des Miao, des Dong, des Mulao, des Maonan, des Hui, des Jing, des Yi, des Shui, des Gelo, etc. Les Hans sont les plus nombreux, car ils forment 62 % de la population du Guangxi. Or, le Guangxi est la patrie historique des Zhuang, mais ils ne comptent aujourd'hui que pour 36 % de la population. On constate que le chinois mandarin est couramment utilisé dans les villes de moyenne et de grande importance, tandis que le bilinguisme zhuang-chinois se pratique dans les petites villes. D'autres Zhuang habitent les provinces de Guizhou, de Hunan et de Guangdong. En plus du chinois mandarin et du zhuang, les habitants de cette région autonome parlent le cantonais, le xiang, le hakka, le miao, le yao, le thaï du Nord, etc. |
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Dans la Région autonome du Ouïgour (19,9 millions), les Ouïgours ne sont plus majoritaires: ils représentent 47 % de la population, alors que les Han forment maintenant 39 %, résultat de la colonisation du territoire par Pékin. Il reste 14 % pour l'ensemble des Kazakh (5 %), Hui, Kirghiz, Mongols, Tatars, Daurs, Xibe, Russes, Tadjiks et Ouzbeks. Non seulement le bilinguisme chinois-ouïgour est étendue dans la plupart des villes (surtout dans la capitale, Ürümqi), mais également un multilinguisme courant où s'enchevêtrent les principales langues en usage: le chinois, l'ouïgour, le kazakh, le kirghiz et le xibe. Malgré son statut particulier de région autonome, l'Ouïgour ne dispose d'aucune autonomie politique. Les Ouïgours se distinguent beaucoup des Han du fait qu'ils parlent une langue turque et pratiquent l'islam. Les Ouïgours ne reconnaissent pas l'autorité de Pékin et aspirent à l'autonomie de leur territoire sous le nom de Turkestan oriental. |
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La situation est un peu différente au Tibet, car la tentative de minorisation chinoise n'a pas réussi, les Han n'aimant pas vivre à 4000 mètres d'altitude dans cette région himalayenne. En 2003, la région autonome comptait qu'une population de 2,7 millions d'habitants, dont 92,2 % étaient des Tibétains, 5,9 % des Han, tandis que d'autres ethnies représentaient 1,9 % (les Menba, les Luoba, les Hui, les Deng et les Xiarba). Le Tibet est la région de Chine où la concentration de Tibétains est la plus forte: ils représentent 45 % de la population tibétaine de tout le pays. Les Tibétains parlent trois dialectes : dialecte du Tibet, dialecte de Xikang et dialecte d’Anduo. |
Rappelons que le Tibet a été envahi en 1950 par l'armée chinoise et annexé unilatéralement, le 23 mai 1951, par la République populaire de Chine, qui imposa sous la contrainte à la délégation tibétaine un Accord en 17 points, lequel entérinait l’annexion du Tibet. Les Tibétains revendiquent encore leur indépendance, pendant que l'armée chinoise maintient une présence massive et permanente de quelque 300 000 à 600 000 soldats.
4.4 Les transferts linguistiques
Si la plupart des minorités ont su conserver leur langue maternelle, d'autres nationalités l'ont perdue et ont adopté le chinois des Han. C'est le phénomène de l'assimilation linguistique. Par exemple, les Hui ont, depuis leurs origines, utilisé le chinois, tandis que d'autres, ayant eu des contacts prolongés avec les sinophones et ayant même partagé leur vie, sont devenus progressivement bilingues, pour abandonner ensuite leur propre langue et adopter le chinois ou même la langue d'une autre nationalité non chinoise. Ainsi, plus de 99 % des Mandchous et des She ont adopté le chinois, ce qui fait que cette langue est devenue la véhicule normal des nationalités hui, mandchoues et she. Il semble que plus de 18 millions de membres appartenant à des minorités nationales parlent le chinois (putonghua). On sait que 90 % des Mandchous, des She et des Tujia ont adopté le chinois; plus de 50 % des Gelao, des Hezhen et des Xibe ont fait de même. C'est également le cas, entre 10 % et 45 % d'entre eux, des Oroqen, des Qiang, des Bao'an, des Gin, des Monguor, des Ouïgours, des Dong, des Miao, des Mongols, des Achang, des Évenki, des Dongxiang, des Maonan et des Pumi. Par ailleurs, 22 nationalités comptent des locuteurs qui ont, dans une proportion inférieure à 10 %, opté pour un changement de langue vers le chinois: les Li, les Salar, les Daur, les Buyei, les Bai, les Blang, les Yi, les Nu, les Shui, les Va, les Dai, les De'ang, les Naxi, les Lahu, les Zhuang, les Yao, les Tibétains, les Kirghiz, les Lisu, les Coréens, les Hani et les Ouïgour. Enfin, on estime à quelque 900 000 le nombre d'individus appartenant à des minorités pouvant parler la langue d'une autre minorité. Évidemment, ce phénomène de transfert linguistique est largement répandu dans le pays et est appelé à augmenter considérablement dans l'avenir, essentiellement au profit du chinois standard.
D'autres cas de transferts linguistiques concernent des Han eux-mêmes. Par exemple, dans le nord de la province de Hainan, on trouve quelque 500 000 Han locuteurs du lingao, alors que sur la côte ouest de cette même province, on relève 60 000 Han locuteurs du cun. La province du Guangdong compte 100 000 locuteurs du biao. De plus, dans la province du Guangxi, quelque 500 Han sont des locuteurs du lai et, dans la province du Yunnan, plusieurs centaines parlent le pubiao. Or, rappelons-le, ces 660 000 individus sont des Han.
4.5 Les écritures des minorités nationales
La République populaire de Chine entend favoriser la création d'une langue écrite chez toutes les minorités qui n'en possèdent pas et qui en ont besoin. Lors du Symposium de Beijing de décembre 1955 portant sur les langues parlées et écrites des minorités, il a été décidé de fournir une aide aux membres des minorités qui auraient besoin d'un système d'écriture pour leur langue. Avant 1949, seulement 19 minorités nationales bénéficiaient de leur propre écriture.
Puis des systèmes d'écriture ont ainsi été élaborés pour le zhuang (1955), le xishuangbanna dai et le dehong dai (1955), le buyei, le yi, le lisu, le xiangxi miao, le qiandong miao et le chuanqiandian miao (1955), le diandongbei miao (1956), le hani, le va, le naxi, le dong, le zaiwa (1957), le monguor (1979), etc. Dans l'ensemble, 14 systèmes d'écriture basés sur l'alphabet latin ont pris naissance au profit de douze minorités, et cinq systèmes d'écriture ont été développés pour quatre minorités. Aujourd'hui, il existe probablement plus d'une trentaine d'écritures propres aux nationalités. Les systèmes d'écriture de Chine peuvent se diviser en différents types, selon leur forme et leur origine:
1) L'écriture syllabique: le yi traditionnel, le yi sichuannais standard;
2) L'alphabet latin:
i) basé sur l'ancien alphabet indien: tibétain, xishuangbanna dai, dehong dai, jinping dai et daibeng dai;
ii) basé sur l'alphabet ouïgour: mongol et xibe;
iii) basé sur l'alphabet arabe: ouïgour, kazakh et kirghiz;
iv) basé sur l'alphabet latin standard: zhuang, buyei, dong, diandongbei miao, xiangxi miao, qiandong miao, chuanqiandian miao, lisu, naxi, lahu, jingpo, zaiwa, hani, va et monguor;
v) basé sur l'alphabet original des langues telles que le coréen et le diandongbei miao.
En règle générale, c'est l'alphabet latin — à l'aide du pinyin — qui doit être la base de la création de l'écriture des langues minoritaires. Lorsqu'on se sert des lettres du système phonétique nouvellement conçu pour développer l'écriture d'une langue déjà existante, on doit aussi recourir à l'alphabet latin. Les sons qui, dans les langues minoritaires sont identiques ou similaires aux sons chinois (han), doivent, autant que possible, être exprimés en lettres appartenant à l'alphabet phonétique chinois. Le putonghua (mandarin) est néanmoins enseigné dans les écoles, généralement comme deuxième langue, et sa connaissance est exigée dans toute la Chine.
Les langues minoritaires écrites sont utilisées uniquement par des populations nombreuses, ce qui exclut les petites minorités. Celles qui comptent un nombre important de locuteurs (p. ex., plus de 100 000) sont utilisées dans l'administration provinciale ou au sein du gouvernement central dans les régions où sont concentrées certaines minorités. Les écritures qui réunissent un nombre plus restreint de locuteurs sont le plus souvent employées dans les préfectures et les cantons autonomes. Les alphabets tibétain, mongol, kazakh, coréen et zhuang sont les plus courants; ils sont même utilisés à l'échelle nationale, car il existe des bureaux de traduction et de publication au gouvernement central pour le traitement de ces langues.
Lors de l'instauration du Parti communiste en 1949, tous les lieux de culte furent fermés. Jusqu'en 1966, l'État chinois se prêta à détruire les monastères (environ 3500!) et à arrêter les religieux, la religion étant considérée comme un pouvoir concurrent de l'État. Lors de la période de la Révolution culturelle (1966-1976), l'État combattit à outrance les religions et les superstitions: les moines bouddhistes furent «rééduqués par le travail» dans les champs, les religieuses, violées. Il fallut attendre la nouvelle Constitution de 1982 et son article 88 pour que la liberté de culte soit garantie. Néanmoins, le Parti communiste continue de préconiser l'athéisme, les religions pour lui n'étant qu'un «produit de l'oppression naturelle et sociale». Les Chinois peuvent pratiquer les religions de leur choix à la condition qu'ils se «déclarent» à l'État.
C’est aujourd’hui le bouddhisme, introduit au Ier siècle, qui exerce la plus forte influence en Chine. Le bouddhisme dit Hinayana (ou «Petit Véhicule») est pratiqué par certaines minorités (Dai, Bulang, De’ang, etc.). Le bouddhisme lamaïque (Tibétains, Mongols, Luoba, Menba, Tu, Yugur) est pratiqué dans de nombreux monastères. Apparu en Chine au VIIe siècle, l’islam est pratiqué ouvertement par dix minorités nationales (Hui, Ouïgours, Kazakhs, Kirghiz, Tatars, Ouzbeks, Tadjiks, Dongxiangs, Salars, Bao’ans) et compte une trentaine de millions d’adeptes. Quant au catholicisme, il ne rassemble que quatre millions de pratiquants, notamment dans le Sud, parmi lesquels de nombreux Miao, des Yao et des Yi. Le protestantisme concerne également trois millions de Chinois. Ces deux religions, moins influentes que le bouddhisme et l’islam, ont été surtout propagées dans les grandes villes (Shanghai, Pékin, etc.).
On estime que la Chine compte 150 millions de bouddhistes, 30 millions de taoïstes et 35 millions de musulmans (158 millions, selon les religieux). Cela dit, le bouddhisme tibétain est encore qualifié de «secte» par les organismes officiels chinois. Les catholiques connaissent également des difficultés: ils ne possèdent pas encore d’église propre et ne se reconnaissent vraisemblablement pas dans celle qu’a imposée le Parti communiste, l’Association catholique patriotique chinoise. Quant aux musulmans du Ouïgour, ils demeurent hostiles au maintien colonial de leur situation et cherchent leur identité dans l'islam; en 1950, seulement 5 % de Chinois vivaient dans le Xinjiang musulman, mais en 2003 cette proportion était montée à 50 %.