Généralités

Introduction
Avec un chiffre d'affaires estimé entre 300 et 500 milliards de dollars, le trafic de drogue est devenu le deuxième marché économique au monde, juste derrière les armes ,mais devant le pétrole. Les bénéfices sont eux de l'ordre de 200 milliards de dollars et le blanchiment d'argent sale de 150 milliards. Si les bénéfices et les sommes en jeu paraissent colossales, elles ne se répartissent pas de la même façon entre les différents protagonistes. En effet, alors que les trafiquants tirent un profit maximal du trafic, les paysans d'Asie, d'Amérique Latine et maintenant d'Afrique tentent seulement de survivre, face à leur propre pauvreté et à celle de l'économie de leur pays.
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Les principaux sujets développés autour du sujet de la drogue concerneront en fait plus les phénomènes de culture, de flux, de blanchiment, de narcoterrorisme que de dépénalisation ou non des drogues. En effet, on pense le plus souvent que le problème de la drogue passe par des politiques nationales de dépénalisation, mais l'exemple des USA montre que la solution ne se joue pas à l'échelle d'un pays mais à un niveau plus global.
Les différents
types de drogues
Il existe principalement trois types de cultures illicites dans le monde : la coca, le pavot, le cannabis. Ces plantes ont été découvertes il y a au moins 5000 ans et ont d'abord été utilisé pour un usage médicinal, religieux ou pour palier les signes de faim et de fatigue. Avec les progrès de la chimie, l'augmentation de la demande dès la fin du XIX° siècle en Europe et depuis 1970 aux USA et parallèlement l'appauvrissement de certains pays, les fonctions premières de ces drogues ont été détournées. Il en résulte une forte progression des productions mais aussi le développement de la politoxycomanie dès les années 1970-80 avec le boom des drogues de synthèse. Ainsi, on trouve très facilement dans sa pharmacie (barbituriques, excitants) ou dans ses placards (colle, solvant, laque, vernis) plus de 250 produits, en vente libre ou sur ordonnance, qui peuvent servir de drogue

Le cannabis : histoire, production, CA, dérivés
Les premières traces du chanvre indien remontent au IV° millénaire av. JC, dans les steppes du Turkestan (actuelles républiques centrales de l'ex-URSS et nord ouest de la Chine) mais son utilisation comme psychotrope remonterait à 2 700 av. JC. C'est avec la dispersion, au début du III° millénaire av. JC, des peuples nomades de ces régions que le cannabis se répand progressivement en Inde, en Europe Centrale (Romains, Grecs, Hittites), en Egypte, dans le Croissant Fertile (Assyriens) et au Moyen-Orient.
Parce que ce psychotrope est considéré comme un médiateur avec les dieux,.Ce sont deux religions conquérantes, l'hindouisme (à partir du III° s. av. JC) puis l'islam (VI° s. ap. JC), qui vont répandre l'usage du cannabis en Asie ainsi qu'aux Proche et Moyen Orient. Le cannabis s'est alors déjà répandu en Afrique noire, dès la fin du I°millénaire, grâce aux marchands musulmans.
Le chanvre produisant des fibres, il se révèle nécessaire pour les peuples européens conquérants (cordages, voiles, vernis...). Ceux ci exportent sa culture vers les nouveaux territoires conquis, dès le XVI°s : Chili, Pérou, Canada, Virginie, Jamaïque.... Le cannabis trouve ses lettres de noblesse en Europe au XIX°s, grâce à ses vertus tant thérapeutiques qu'enivrantes.
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Si la culture du cannabis est très répandue aujourd'hui en Amérique, c'est grâce à l'essaimage qui s'est produit à partir de la fin du XVII°s. C'est en effet à cette date que les britanniques importent cette herbe en Jamaïque. Depuis cette île, le cannabis, rebaptisé ganja, gagne le Mexique où il est cultivé vers 1880, avec le nom de marijuana. C'est donc tout naturellement, avec les mouvements de migration des jamaïcains et des mexicains vers les Etats Unis, au début du siècle, que la consommation et la production se développent dans ce pays. Après une certaine euphorie, une loi fiscale (le Marihuana Tax Act) du 1er septembre 1937 établit la prohibition du cannabis dans ce pays.
Aujourd'hui, le cannabis représente à lui seul la moitié du chiffre d'affaire du marché de la drogue, soit environ 150 Md$ (1995). Il semblerait que le premier producteur de marijuana, sur une production globale estimée à 25 000 t en 1994 , soient les Etats Unis, devant le Mexique. Le haschisch est, lui, principalement produit au Pakistan (1 200 t) et au Maroc (1 000 t de khat).
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Le cannabis a été appelé pendant longtemps la "plante aux deux visages", en raison de ses caractéristiques particulières. En effet, dans les zones tempérées (Europe), elle produit plus de fibres et réduit sa teneur en résine alors que sous des climats chauds, elle produit moins de fibres mais plus de principe actif (THC).
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On trouve 3 dérivés : la marijuana ou herbe de cannabis (appelée kif au Maroc et ganja en Inde) destiné à être fumé, le haschisch ou résine de cannabis et l'huile de cannabis.
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ouvrage : Atlas Mondial des drogues, Observatoire géopolitique des drogues, Presses Universitaires de France, 1996
Le pavot : histoire, production, CA, dérivés
Le pavot serait connu depuis le XVI°s. av. JC. Son usage, essentiellement rituel et médicinal, remonterait lui au Néolithique, vers -4000-3000av. JC, sur les bords de la Méditerranée (Crète, Grèce...) et au Proche Orient (Babyloniens, Sumériens, Assyriens...).
Avec le développement du monde arabe et de son commerce, dès le début du VII°s., l'usage médical de l'opium va progressivement se développer en Asie Centrale, en Inde, et en Chine, par la voie terrestre puis maritime.
A partir du XVI°s., la découverte de nouveaux chemins maritimes, le centre de gravité du commerce mondial se déplace de la Méditerranée vers l'Asie. L'Inde devient la tête de pont de ce nouveau commerce. Aux portuguais succèderont les Hollandais et les Espagnols, qui renforceront cette dynamique du commerce asiatique, avec leurs comptoirs coloniaux.
Le XVIII°s. marque deux tournants importants : le pavot commence véritablement à être commercialisé pour ses vertus psychotropes et l'Empire britannique, après avoir supplanté les Hollandais et les Espagnols, devient, en 1713 (traité d'Utrecht), la première puissance commerciale dans le monde et en particulier en Asie. Elle installe ses comptoirs principalement en Inde, qui devient le principal producteur d'opium.
A la fin du XVIII°s., parce que les chinois vendent plus de produits (thé, soieries...)qu'ils n'en achètent aux compagnies anglaises, ces dernières décident de développer le commerce de l'opium vers la Chine, afin de rétablir leur équilibre financier. Or, depuis 1727, l'Empire chinois a décrété illégale l'entrée d'opium sur son territoire, ce qui a fortement augmenté les prix au marché noir. La couronne britannique, qui va profiter de cette aubaine, devient alors trafiquant d'opium au point qu'elle deviendra en 1830 l'une de ses principales ressources financières en Asie. Quand la Chine renforce sa position en 1839, en jetant l'opium anglais à la mer, les anglais sont furieux : ils ne peuvent en réalité plus se passer de cette manne financière importante, d'autant que la crise commence à sévir depuis 1837 en Angleterre. Cela conduira aux deux guerres de l'opium (1939-1842 et 1856-1858) avec pour conséquence l'ouverture des ports chinois et la tolérance de la contrebande d'opium. Cependant, à cause de taxes trop élevées sur l'opium importé, les importations anglaises commencent à baisser, vers 1880, au profit de la production nationale chinoise. Il n'empêche que le plus grand trafiquant de l'histoire contemporaine a en fait été la couronne anglaise
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Aujourd'hui, les choses ont changé et les 9/10 de la production mondiale d'opium (3000 t en 1993) proviennent du Triangle d'Or (Birmanie, Laos, Thaïlande=1500 t en 1993) et du Croissant d'Or (Afghanistan, Pakistan, Iran=1300 t en 1993).
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le pavot fait partie de la famille des papavéracées, comme le coquelicot, qui est un petit pavot sauvage. Avec le pavot, on peut produire 10 kg d'opium et 1 kg de morphine base . Cette dernière donne, par raffinage, 1 kg de brown sugar ou 1 kg d'héroïne blanche.
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La production du Croissant d'Or est principalement destinée au marché européen. Jusqu'en 1991, l'héroïne transitait par la Turquie, la "route des Balkans" et était distribuée par les mafias italiennes. Cependant, avec la guerre en Yougoslavie et l'effondrement du bloc de l'Est, de nouvelles routes se sont dessinées utilisant l'Autriche, la Bulgarie, la Slovaquie et la république Tchèque. La production du Triangle d'Or est principalement destinée au marché nord américain, en passant par les triades chinoises et la voie maritime. Enfin, alors que le marché nord américain semble à saturation en ce qui concerne la cocaïne, les colombiens se mettent à la culture du pavot depuis 1991.
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ouvrage : Atlas Mondial des drogues, Observatoire géopolitique des drogues, Presses Universitaires de France, 1996
Définition
Est généralement considérée comme drogue "toute substance qui, introduite dans un organisme vivant peut modifier une ou plusieurs de ses fonctions".
Officiellement, une drogue est "toute substance, naturelle ou synthétique, inscrite sur une liste annexée à une convention internationale et soumise à une régulation". Une première classification a été établie en 1924 par le pharmacologue berlinois Louis Lewin et est encore couramment utilisée aujourd'hui :
  • les euphorisants : opium + dérivés (morphine, codéine, héroïne), coca, cocaïne
  • les hallucinogènes : peyotl (mescaline), chanvre indien (=cannabis), muscarine
  • les enivrants : alcool, éther, chloroforme, benzène
  • les hypnotiques : barbituriques, chloral, véronal, kawa-kawa
  • les excitants : café, thé, cola, maté, camphre, tabac
La classification a été modifiée en 1957 par Jean Deulay et Pierre Denicker, puis en 1971 par le docteur Varenne.
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Cette définition pose deux problèmes :
  • le tabac, l'alcool et les barbituriques, qui sont intégrés dans cette classification sont pourtant tolérés par la société. En fait, ces types de drogues sont bien intégrées dans la société moderne du fait de la faible modification de conscience qu'elles entraînent, dû moins immédiatement. Surtout, les deux premières substances appartiennent à une catégorie de produits dont les gouvernemens comme les industriels n'ont aucun intérêt à voir prohibées (respectivement taxes et profits).
  • Au niveau de la répression, peut on mettre tout le monde dans la même catégorie les consommateurs occasionnels et les "junkies" ? De même certaines peuplades ont un usage millénaire des drogues, dans un but autant récréatif que rituel ou médical. De même, la consommation d'opium en Chine, au XIX°s., s'est développée avec son commerce illicite, par les anglais.

Carte 3 : La planète des drogues
cliquez sur le graphique pour l'obtenir en format normal. source : Le Spectacle du Monde, août 1996, graphisme Idé

La coca : histoire, production, CA, dérivés
Les traces retrouvées en Amérique Latine tendent à prouver que la coca y est présente depuis 3 000 av. JC. Les indiens mâchent alors la feuille de coca, dans un but autant rituel que récréatif ou médicinal (pour pallier les carences en vitamines, à cause de l'altitude). Elle fait également office d'instrument de régulation : les tribus qui cultivent les pommes de terre sur les terres froides de l'Altiplano les échangent contre des feuilles de coca cultivées sur les versants orientaux des basses vallées.
Sous l'Empire inca, l'administration développe fortement la culture du cocaïer, la coca devenant un tribut économique et politique (sur les régions annexées). La venue des conquistadores ne fait que renforcer la dynamique de production : l'impôt sur la production de la coca alimente les caisses de la Couronne espagnole et le mâchage diminue la souffrance des autochtones soumis aux dures conditions de travail (haciendas, mines).
Au XVIII°s., la Bolivie (région des Yungas) et le Pérou (versant oriental de la Cordillère) deviennent les principales zones de production de la coca. La coca joue alors un rôle très important : revenu en nature pour les ouvriers agricoles, de troc pour les propriétaires, taxe sur son commerce pour les intermédiaires et l'Etat, dîme pour le clergé.
Fin XVIII°-XIX°s., les réformes administratives et agraires, les guerres d'indépendance provoquent des révoltes où la coca devient le nerf de la guerre.
Au XIX°s., les plus grands (Pie X, Jean Marie de Hérédia, Freud) font l'apologie de la coca et l'engouement grandit tant en Europe qu'aux USA avec la découverte en 1857 de son principe actif (la cocaïne) par l'allemand Albert Nieman. C'est dans cette "euphorie" que John Pemberton crée le Coca-Cola en 1886 (mélange de cocaïne, caféine, noix de coca, eau, CO2).
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Aujourd'hui, les feuilles de coca sont presque exclusivement cultivées dans la Cordillère de la coca, en Amérique Latine. Le Pérou est le premier producteur mondial avec 200 000 ha de cultures dans la vallée du Haut Huallaga. Viennent ensuite la Bolivie avec 35 à 75 000 ha de plantations ( depuis les années 1970, le Chapare a supplanté les Yungas) puis la Colombie avec 35 000 ha. Ce dernier fait plutôt de la transformation, car la valeur ajoutée est plus forte et car les laboratoires sont moins vulnérables que les cultures. Cependant, le Pérou et la Bolivie voulant eux aussi leur part transforment de plus en plus la coca en Pate Base Cocaïne ou en cocaïne eux mêmes.
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Malgré une certaine saturation du marché nord américain (premier consommateur au monde) et le développement du champignon Fuxis oxyporum dans le Huallaga (depuis 1989) qui détruit les cocaïers, la production de coca est en pleine expansion avec une production de 1500 t de cocaïne en 1994 contre 800 t en 1988. Ceci est principalement du au développement de la demande en Europe (Ouest et est) et en Asie. Enfin, alors que seulement trois pays produisaient en 1989, tous les pays latino américains sont aujourd'hui impliqués dans la production, la transformation ou le trafic.
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Il existe 4 variétés de coca : Huacano ou bolivienne, Trujilla, colombienne, Ipadu. La première sorte est la plus cultivée (sur les flancs des Andes entre 500 et 1500-2000m), une part très importante servant au trafic illicite. La deuxième catégorie n'est plus cultivée que sur la côte Pacifique du Pérou et sa production (700t par an) est destinée pour Coca Cola. Les deux dernières ont un usage essentiellement traditionnel.
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On dénombre environ trois dérivés principaux de la coca. La première transformation chimique donne la Pate Base Cocaïne (PBC) qui, mélangée avec du tabac, est fumée sous le nom de basuco. Des transformations supplémentaires donnent le chlorhydrate de cocaïne (10kg de feuilles=1kg de cocaïne), appelé le plus souvent cocaïne ou coke, qui est inhalé (sniff) ou injecté. Enfin, le raffinage du PBC ou de la coke donne des cristaux fumables appelés crack ou free-base.
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ouvrage : Atlas Mondial des drogues, Observatoire géopolitique des drogues, Presses Universitaires de France, 1996
Les drogues de synthèse
On entend surtout par drogue des plantes agricoles. Cependant, avec le développement de la demande dans les PDEM, les progrès dans la chimie et la chute du Mur de Berlin, on trouve maintenant de nouvelles drogues dites de synthèse. Ces drogues, appelées "designer drugs", amphétamines, LSD, PCP sont surtout exportées en Europe et en Amérique, afin d'approvisionner les raves et autres fêtes techno (Ice ou speed, ecstasy.....). On trouve principalement dans cette catégorie :
  • Les "designer drugs", ou drogues à la carte, tirent leur nom du fait que ce sont des molécules dont on peut modifier la structure chimique pour obtenir une molécule nouvelle, aux effets similaires, qui ne pourra tomber sous le coup de la loi qu'une fois identifiée et inscrite sur la liste des drogues contrôlées. Elles sont principalement produites dans les pays de l'Est (Polish Soup, Eve, ecstasy) où, à cause de la chute du Mur de Berlin, de nombreux scientifiques se sont retrouvés sans crédits. C'est pour eux le meilleur moyen de survivre.
  • Les amphétamines, de a(lpha)-m(éthyl)- ph(ényl)ét(hyl)amine, a pour effet de stimuler mais aussi de masquer les signes de fatigue et la faim. Il en existe environ 2000 dérivés : le speed, l'éphédrine, le MDA (appelée aussi Love Drug).

    Les hallucinogènes (LSD, PCP...) et les dépresseurs (le plus souvent des produits licites détournés de leur usage thérapeutiques : les barbituriques...)