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Dominique Sosolic a gravé Sommeil de façon à ce que les éléments qui constituent l'objet représenté arrêtent notre regard, au détriment d'une visualisation immédiate de l'ensemble. Après un temps d'observation, le boeuf représenté dans Sommeil apparaît: nous sommes surpris de ne pas l'avoir aperçu plus tôt, tant il surgit alors avec netteté. Si nous n'apercevons pas l'animal de prime abord, c'est que des formes essentielles qui le définissent ordinairement ont été estompées, voire supprimées (dans la partie droite). Quoique précises, les surfaces restantes sont peu définissables. Elles sont en effet traitées sans contours, ni rendu de volume. Les noirs et les blancs n'étant pas employés pour rendre compte des modulations de la lumière sur ce corps, les surfaces représentées semblent plates et isolées. Le pied, seul élément définissable, occupe une trop petite étendue pour attirer l'attention sur lui seul et amener immédiatement à en déduire le boeuf. En fait, les éléments qui constituent Sommeil sont conçus de façon à retarder le moment où nous pourrons les articuler entre eux et identifier alors définitivement l'ensemble représenté comme un tout déjà connu. Ainsi la représentation isolée de la large tache noire du collier nous empêche d'autant plus de penser à un boeuf que nous considérons ordinairement l'aspect tacheté de celui-ci, sans jamais observer l'aspect particulier des taches. L'attention est retenue par cette forme inhabituelle, au détriment d'une vue d'ensemble. A l'opposé, le boeuf de Rencontre d'espaces (reproduit en couverture) est visible parce qu'une deuxième tache, figurant sur l'arrière, oriente notre réflexion vers la recherche d'un tout. C'est en approchant assez près qu'apparaissent des indices permettant de préciser quelque peu le contour des formes. En effet, une ligne en relief (alors visible) sépare l'encolure noire du boeuf de la partie supérieure du fond. Emergent également, dans la partie gauche, une corne, une oreille, un museau à peine discernable et la poitrine d'un boeuf. La netteté des pieds auparavant entraperçus nous conforte dans nos interprétations de ces formes. La réflexion concrétise alors ce que la vision, faute de détails suffisants et de formes intermédiaires, n'avait pu construire: nous articulons soudainement les différents éléments entre eux. Soudainement, nous visualisons le boeuf. L'apparition est de courte durée. Au moment où nous arrivons à voir entièrement l'animal représenté, celui-ci se dérobe. Notre attention est attirée par les fragments qui le constituent : leur apparence est trop éloignée de ce que nous connaissons des détails de l'animal ainsi reconnu, pour permettre de confirmer et de fixer cette interprétation. Nous percevons alors ces fragments isolément. L'apparition soudaine du boeuf à partir de formes initialement peu définissables amène à une volonté de traduire instantanément toute forme considérée, comme représentation d'un objet. Se télescopent alors les associations d'idées que suscitent en nous ces formes isolées. Notre esprit oscille ainsi entre les visualisations successives de l'animal et ces libres parcours. Bien que l'image du boeuf ne soit pas un équivalent de ce que nous observons de cet animal dans la nature, ellenous amène à éprouver un aspect du monde généralement inaperçu: celui de l'apparence complexe des enveloppes extérieures de ses objets. Notre vue ordinaire gommait jusqu'à présent ces particularités sans même les voir, ne retenant des objets que les quelques formes qui témoignent de leur fonctionnement. Elles font ici partie intégrante de notre observation. Ainsi, non seulement Sommeil sollicite-t-il l'esprit de façon inhabituelle, mais il aboutit également à modifier jusqu'à notre manière de regarder. Christian Weidmann
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christian weidmann
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