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Le départ de la seconde randonnée est moins précipité. J'ai un compagnon de route moins enthousiaste, mon frère aîné, Jean-Louis. Cette promenade le tente, mais il entend faire une promenade et non pas un marathon. Il est grand et fort et peut porter la moitié des provisions. Pendant la première randonnée, j'avais dû me charger de la plupart de ce qui rend les sacs si lourds. Françoise avait cependant porté le pain, elle y avait tenu ! Il n'est pas question de partir tôt le matin ou relativement tôt, trois heures de l'après-midi lui sembla une heure convenable pour arriver à Pralognan, ou nous laissons la voiture. L'approche trop sommaire à son goût mérite d'être améliorée. Nous voilà, dans le téléférique du mont Bochor : six cents mètres de dénivellation gagnée. Je ne veux pas lui donner de mauvaises habitudes dès le départ. L'air de rien, je lui propose de passer le col Rosset, histoire de nous mettre en jambes. Je lui fais un 2 480 pour redescendre ensuite à 2 300 et retrouver un sentier que l'on peut prendre dès l'arrivée au mont Bochor (2 023). Dès le départ, il se montre moins bon "élève"
que Françoise. Elle, elle se contentait de râler lors des
montées. Lui râle à la perfection et prétend
suivre son propre rythme particulièrement riche en temps de repos,
haltes pour boire, haltes pour vanter les joies de la randonnée
en hélicoptère. Rien que ça. Ou même en char
d'assaut. Souvenir de son temps passé au volant d'un de ces engins. Il sera dit que jamais je ne parviendrais à passer le col de la Vanoise avec un temps convenable. Le refuge Félix Faure à peine derrière nous, une tempête de grêle s'abat et nous laisse une visibilité de quelques mètres. Je connais heureusement le chemin, il est bien tracé. Pour toute vue, de la grêle ; pour tout plaisir, les oreilles brûlées sous les rafales. Soleil parcimonieux, pluie, grêle tous les ingrédients pour donner de l'enthousiasme à un tiède marcheur. Au Molard de la Losa, juste au-dessus de la vallée de la Leisse la tempête cesse aussi brusquement qu'elle a débuté et nous laisse apercevoir Entre Deux Eaux. J'ai tant vanté le coin que j'aurais été ennuyé d'une mauvaise impression. Entre Deux Eaux n'a pas changé, il y fait toujours aussi frais le soir. Mais l'accueil des Burdin est là pour rechauffer. Le chalet est plein à craquer d'américains venus de Californie pour contempler faune et flore du Vieux Continent. La flore, ils risquent la voir, elle ne peut pas fuir. Quant à la faune, ils n'ont aucune chance. À plus de dix minutes du chalet, on entend leurs cris et leurs rires. Une bande de lillois ne leur cède en rien avec plus de retenue mais avec tout autant d'efficacité. Je ne ferme pas l'il cette nuit-là, tenu éveillé par leurs soupirs et le claquement de leurs dents. Le lit que je partage avec Jean-Louis n'est pas non plus fait pour aider le sommeil : c'est une gorge profonde dans laquelle nous roulons malgré le polochon glissé sous le matelas pour tenter de rétablir la situation. Cela nous évite un réveil trop brutal à quatre heures du matin. Nous avons décidé de fuir avant que la horde de nos amis américains ne se lèvent. Nous avons appris de leur guide qu'ils doivent suivre la même route que nous, c'est-à-dire la vallée de la Rocheure, Bonneval et le refuge du Carro à la frontière italienne. Toilette sautée à pieds joints, heureuse surprise de constater que les Burdin nous ont préparé un petit-déjeuner en guise d'au revoir. Discussion avec le guide qui nous dit avoir abandonné en partie son projet : leur route vers le Carro passe à présent par la vallée de Lanslevillard, Bessans. Nous partons avec un lever d'un jour plein de promesses. En moins de dix minutes, nous sommes au torrent de la Rocheure au pied des chalets à Borrel. Il ne nous reste plus qu'à 1e suivre jusqu'au fond de la vallée. Le Turc est tout illuminé de soleil matinal. Derrière, tout le glacier de la Vanoise étincelle, feu et rose. Malheureusement le fond de la Rocheure est couvert, les nuages semblent stagner. Jusqu'au chalet de la Rocheure, à un peu plus de deux heures de marche d'Entre Deux Eaux, la vallée est tapissée de fermes d'alpage : Balme Froide, Pierre Blanche, Pierre Brune. On y découvre même une chapelle dédiée à Saint-Jacques. Les troupeaux devaient y être importants autrefois comme en témoignent les nombreuses constructions. À présent on rencontre de-ci de là quelques vaches, quelques cheminées fonctionnent encore, mais l'alpage paraît abandonner. Trois heures après notre départ, nous arrivons à l'emplacement du refuge en construction. C'est un refuge entièrement construit en bois avec un toit à deux pentes qui descendent jusqu'au sol. Il sera ouvert toute l'année et non gardé ; cela inquiète ses constructeurs. C'est là qu'une fois de plus, le chemin dispairaît ou peut être 1'avons-nous quitté par mégarde. Peu importe, nous savons qu'il faut longer le pied de la Roche Blanche pour arriver au lac de la Rocheure puis à la Quécée de Tignes. Ce sont des guides rencontrés au refuge qui nous ont indiqué la direction à suivre, nous précisant avec bonne humeur que nous ne risquons pas nous perdre. Arrivés au col nous saurions nous reconnaître, on ne peut pas aller plus haut et il y a là une balise, un rail de chemin de fer. Forts de leurs conseils et de notre carte nous avançons à travers les alpages. Mais conseil et carte ne suffisent pas, pour nous du moins. Au premier ruisseau, nous sommes toujours sur la bonne voie. Au second ruisseau, la direction reste toujours excellente. Un troisième cours se présente. Dans notre élan, nous le traversons laissant, une bonne fois pour toute, la voie normale sur notre gauche. Il n'y a aucune inquiétude à avoir : nous passons au pied de roches blanches. Et pour cause, elles le sont toutes dans le coin. Les vaches fort civiles nous accompagnent un brin de route puis délaissent ces humains sans sel. Finalement nous devons attaquer la pente, plutôt rude. Il n'y
a pas d'autre issu sinon celle du ruisseau et, pas le bon naturellement.
Le nôtre coule de l'autre côté de la Roche Blanche.
Nous grimpons sous un petit rayon pervers : le soleil a choisi cet instant
critique pour se dévoiler. Et nous avons grimpé loin l'un
de l'autre pour éviter les chutes de pierre. Et nous avons grimpé.
Jean-Louis maugré loin dans mon dos que la montagne est merveilleuse
vue d'hélicoptère. Encore un souvenir ému de son
temps sous les drapeaux. Pour ma part je trouve cette ascension relativement
agréable ; cela aurait pu être mieux. Je continue seul
laissant l'armée au loin, trop pressé de parvenir au terminus
de cette pente. Tout à coup j'entends à mes pieds un bruissement
d'ailes. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, une perdrix des
neiges se précipite sur un névé qu'elle prend en
glissade abandonnant derrière elle toute une couvée qui
aussitôt revendique avec force pépiements. Le spectacle
est intéressant, mais je m'éloigne rapidement avec précaution
vers le sommet. Nous rejoignons sur les névés à flanc de pente les Quécées de Tignes ou si l'on préfère le col de la Rocheure. C'est un col effectivement mais pour y accéder d'un côté comme de l'autre il faut aller un peu à l'aventure. De part et d'autre il n'y a pas de sentier ou même de trace, le seul point de repère est la balise que l'on découvre au dernier moment en venant de la vallée de la Rocheure et que l'on aperçoit à condition d'en connaître l'emplacement en venant de Val d'Isère juste avant d'arriver au pied de la muraille de molasse au sommet de laquelle il se perche. Nous retrouvons là l'équipe des lillois. Notre arrivée provoque des plaisanteries. Nous avions au départ une bonne heure d'avance sur eux. Le temps de leur expliquer notre détour pour le sport (sic) et les merveilles rencontrées, entre autre un chamois sur la Roche Blanche, et leurs plaisanteries deviennent admiratives. La descente sur Val d'Isère est rapide. Il n'y a plus qu'à se laisser aller. Nous les avons quittés à la hauteur du Manchet, étape de midi, avant de repartir sur Bonneval par le col des Fours. J'ai prévu sans l'arrêt. Jean-Louis qui par malheur a
consulté la carte se refuse tout net d'escalader mille mètres
pour en dégringoler autant (Le Manchet : 1976 m., le col des
Fours : 2 979 m., Bonneval : 1783 m.) Il ne sait qu'une chose : à
défaut d'hélicoptère, il n'est pas question de
faire de l'hélico?stop, nous ferons de l'auto?stop. Cette décision
nous laisse tout le loisir de nous restaurer et surtout de nous sécher.
Je n'ai plus une chaussette sèche. Le séchage est rapide,
beaucoup trop rapide. J'y ai perdu une paire. Oubliées un moment
au-dessus du feu je constate, l'odeur aidant, qu'elles ont vécu,
finissant leurs jours carbonisées vives. Bonneval ; oui, mais quelle arrivée minable pour des randonneurs
partis à la conquête des sentiers de montagne. |
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le texte de la randonnée
III, étape de blancheur absolue dans la neige et le brouillard,
un jour |
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