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Il est nécessaire de partir loin pour découvrir
la paix de celui qu'on aime, pour découvrir, si besoin était,
qu'il part avec soi et qu'il partage la découverte de soi.
Face à cette mer immense, je me sens devenir élément
liquide, loin du statut de l'humain. J'appréhende enfin ce qui
m'entoure, l'air, l'eau, la terre ...
Au loin, d'une barque, les pêcheurs jettent les filets comme cela
se répète de toute éternité. La barque a
changé et les hommes qui la dirigent ; les gestes restent les
mêmes, les angoisses et les peurs sans doute aussi, depuis toujours.
Ils ont, un peu comme le semeur, répandu les filets. Ils reviennent
; ils ne peinent plus sur la rame, le moteur a remplacé l'effort.
C'est une tache blanche avec une pointe de jaune et de rouge qui remonte
les vagues, droit vers la plage. Qui revient ? L'homme de toute éternité
ou bien celui de ce siècle. Je préférerais voir
amerrir les hommes antiques pour les entretenir du passé et les
entendre répondre à nos préoccupations d'hommes
présents Savoir que tout est depuis toujours, que seuls les supports
ont changé et pourtant craindre que cela ne soit pas. Que ceux-là
du passé, identiques à nous, ne comprennent plus. Que
nous informés de ce passé nous ne sachions plus comprendre,
dévoyés, perdus à l'humain, perdu à la nature,
coupés de la vie à force de savoir trop.
Conscient de ton éternité, je voudrais devenir homme antique.
Tu as vécu la Grèce, ton visage en a gardé la marque.
Tu as vécu la Rome dominante ; je t'ai même retrouvé
sculpté au plafond d'une folie dans la péninsule humaniste.
Le choc de Sabbioneta est là pour le confirmer. Et je te vois,
toi qui fus montagne, mer et baie. Si présent, que mer et terre
vont devenir toi. Alors resurgit la peur antique. Comment regarder au
regard de toi et m'oublier, pour laisser vivre ton éternité
? Savoir ne donner que ce que tu veux recevoir et recevoir que ce que
tu veux donner ?
Est ce l'éternité ? La baie et sa mer contenue sont présentes
pour quelle éternité ?
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